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Date de création : 05.06.2014
Dernière mise à jour : 07.11.2014
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Avec la mort pour unique compagne.

Chapitre 1

Publié le 03/10/2014 à 03:33 par severinegriebaum Tags : roman chats vie moi monde enfants heureux nature femmes animaux prénom chiens
Chapitre 1

 

Je m’appelle Gaspard. Je crois que je dois avoir 14 ou peut-être bien 15 ans. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne me rappelle pas. Je suis un vagabond. Un SDF. Un clochard. Je n’ai pas de famille. Je n’ai plus de famille. Je crois que j’en avais une avant. Les gens que je croise ont tous peur de moi. Ils m’évitent. Ils me chassent et me rejettent parfois, pourtant je ne leur demande rien. Je suis laid, ça doit être pour ça. Défiguré sur un côté du visage et du corps, par des terribles cicatrices. Je ne sais pas comment j’ai eu ces cicatrices, pourtant elles sont encore rouges et gonflées. Certaines me font très mal. Elles sont infectées, sans doute parce que je ne me lave jamais et que je ne me soigne pas. Elles ne doivent pas être tellement anciennes. Vu mon âge, elles ne peuvent pas être très anciennes. Il paraît que je sens mauvais. C’est vrai que je ne me lave jamais ou presque. Parfois quand il fait vraiment trop chaud, il m’arrive de plonger dans un lac ou dans une rivière avant de reprendre la route. Je ne change jamais de vêtements puisque je n’en n’ai pas d’autres que ceux que je porte. Ce ne sont même plus des vêtements, ce sont des loques informes et malodorantes. Mais ça n’a pas vraiment d’importance.

 

J’erre dans la campagne, à la recherche de je ne sais quoi. Je marche sans but. Je parcours des kilomètres et des kilomètres chaque jour et le soir je m’endors, harassé dans une grange ou sous un arbre. Je ne sais pas pourquoi je suis à la rue. Je ne sais pas depuis quand non plus.

 

Je sais qu’il m’est arrivé quelque chose de terrible durant mon enfance, mais je ne me rappelle plus ce que c’était. Je me rappelle d’une lumière vive, d’une douleur atroce, des hurlements déchirants, peut-être les miens… et puis le noir total. Le néant.

 

Je sais que je m’appelle Gaspard, mais je ne sais pas comment je le sais. Pourquoi je me rappelle de mon prénom et pas du reste ? Je crois qu’avant j’avais une famille. Mais avant quoi ? Comment était ma famille ? Où habitais-je ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que j’ai la haine. J’aime faire peur. J’aime faire mal. J’aime tuer. J’aime violer les enfants, les femmes, les animaux. J’aime voir les animaux et les gens souffrir. J’aime voir la peur sur le visage des gens lorsque je les tue.

 

Oui je n’ai que 14 ou 15 ans, mais j’ai déjà tué à maintes reprises. J’ai commencé par tuer des animaux. Des chiens, des chats, des rats, parce qu’ils hurlent quand on leur fait mal et qu’on fait durer le supplice. Contrairement aux araignées et aux mouches qu’il n’est pas amusant de tuer puisqu’on ne les entend pas crier de douleur. C’est tellement bon de voir ce regard de supplications lancé par l’animal agonisant et de se dire qu’on ne cèdera pas, qu’on est le plus fort.

 

Je crois que tuer est dans ma nature. Je suis comme ça. Je suis venu sur terre pour faire le mal, pour faire souffrir. Je ne dis pas que ça me rend heureux pourtant. Je crois que rien ne peut me rendre heureux. J’ai bien trop mal pour cela. Qui pourrait être heureux en souffrant comme je souffre et en étant aussi défiguré ? Qui pourrait être heureux sans famille, en sachant que l’on va rester seul toute sa vie ? Non, tuer ne me rend pas heureux, mais ça me soulage. Ca me permet de décompresser.

 

Pourtant je ne tue pas tout le monde ni tous les animaux que je rencontre. Non, il y a plein de gens que je n’ai pas du tout envie de tuer. Je ne ressens absolument rien quand je les rencontre. Même si la haine est toujours présente en moi, je ne ressens pas toujours l’envie de tuer. Par contre, d’autres fois, quand je rencontre ceux que je dois tuer, c’est comme si quelqu’un d’autre entrait en moi. Il faut que je leur fasse mal et que je les tue. Et ça me fait du bien. Un bien fou. Et surtout, chaque fois que j’ai tué, une parcelle de mes souvenirs me revient. Oh jamais grand-chose. Des flashes rapides. Tellement rapides même qu’il m’arrive de les oublier aussitôt. Et là j’ai mal. J’ai d’autant plus mal qu’il m’arrive parfois de ne plus rencontrer de personnes que je doive tuer pendant des jours et des jours, et même parfois pendant des semaines ou des mois.

 

 

 

Chapitre 2

Publié le 03/10/2014 à 03:36 par severinegriebaum

Mon premier crime, mis à part les animaux, a été un jeune garçon de 10 ans. Ca devait être le fils de fermiers du coin car il balayait la cour d’une ferme. Il n’y avait personne aux alentours. Il faisait chaud. J’avais terriblement soif. Au début je m’étais approché du garçon pour lui demander à boire. Mais au moment où je suis arrivé près de lui, les mots ont refusé de sortir de ma bouche. Le monstre s’est emparé de moi. Il est entré en moi comme lorsque je tuais des animaux. Et il a fallu que je tue ce jeune garçon. Je l’ai attiré dans la grange. Je me suis mis à le frapper. Lui il hurlait de toutes ses forces. Il hurlait comme un porcelet que l’on égorgeait. Il me suppliait de ne pas lui faire de mal, de le laisser aller. Il me promettait même de me donner l’argent de ses parents, car il savait où ceux-ci cachaient leurs biens, si je le laissais aller. Mais je ne pouvais pas. Je n’étais plus moi. Je n’étais plus Gaspard. J’étais le monstre qui devait tuer et qui aimait ça.

 

Le chien hurlait à la mort à l’extérieur et tous les chiens des alentours ont fini par lui répondre en chœur. Mais ça ne me faisait rien. Je n’avais pas peur. Le monstre était en moi et il était plus fort que tout et tout le monde. Rien ne pouvait m’arriver quand le monstre prenait possession de mon être. De mon être, mais pas de mon âme, étrangement. Parce que je me voyais tuer. Je me rappelais bien des meurtres. Je me rappelais bien de tout ce que j’avais fait. Je savais que c’était mon bras qui agissait, même si c’était le monstre qui l’avait décidé. Je crois que j’aurais pu résister au monstre si je l’avais voulu. Mais je ne crois pas que j’en avais envie. Je n’aurais pas tué cet enfant, ni tous les animaux que j’ai tué, si le monstre n’était pas entré en moi, mais je ne voyais pas non plus la raison pour laquelle j’aurais résisté. Il fallait que je les tue pour faire plaisir au monstre, parce qu’il ne savait pas agir lui-même, donc il m’empruntait mon bras si on peut dire, et mon paiement était le fait que je récupérais des bribes de mémoires lors de chaque meurtre. Et puis aussi, j’étais un peu moins seul quand le monstre entrait en moi. Ça compte pour un garçon de mon âge qui passe sa vie tout seul et qui n’a jamais personne à qui parler.

 

Le monstre. Je l’appelais ainsi alors que je savais bien qu’il avait un nom. Je savais qu’il n’avait pas été baptisé « le monstre », mais là encore je ne parvenais plus à me rappeler son nom. Pourtant dans le feu de l’action, quand je commettais un meurtre, son nom m’apparaissait en lettres de feu dans mon esprit. Et étrangement, alors que je me rappelais pourtant de tout, le nom du monstre s’effaçait de mon cerveau une fois le crime commis.

 

Pour en revenir au petit garçon dans la grange, il hurlait de terreur et de mal. J’ai sorti mon couteau, je l’ai piqué au visage, aux bras, à la poitrine, au ventre. Je l’ai d’abord piqué juste pour lui faire mal et pour lui faire peur en faisant couler le sang. Je l’ai mordu aussi : au bras, au ventre. Je lui ai arraché quelques morceaux de chair que j’ai mâchés avec bonheur. C’était la première fois que je mangeais un morceau d’être humain. Avant, lorsque je tuais des animaux, je dévorais aussi quelques morceaux crus, mais ce n’était pas de la chair humaine. Ça restait de la chair animale. Mais la chair humaine prélevée sur le petit garçon encore vivant, c’était la chose la plus exquise que j’aie jamais mangé. Je ne pense pas que quelque chose puisse être meilleur que de la chair de petit garçon.

 

 

 

 

 

Chapitre 3

Publié le 03/10/2014 à 03:37 par severinegriebaum

Où ai-je passé ma prime enfance ? Je suis bien né quelque part ? J’ai bien vécu quelque part jusqu’à maintenant. Je devais avoir une mère, un père, peut-être des frères et des sœurs ? J’ai du aller à l’école aussi puisque je me rends compte au fil du temps que je sais lire et écrire. Donc c’est que j’ai du apprendre quelque part. Mais comment ? Comment est-ce possible que ma vie soit si courte et que pourtant je ne me souvienne plus de mon passé ? Je ne me rappelle même pas de la date de mon anniversaire, ni de mon âge réel. Je ne me rappelle même pas du visage de ma mère.

 

Parfois, quand mes pensées vagabondent, je me demande si ma famille pense à moi, s’ils me recherchent, s’ils ont alerté les autorités et s’il existe des avis de recherche me concernant. Mais je ne le crois pas, parce qu’avec mon visage et le nombre de fois que j’ai croisé des policiers, ils m’auraient déjà reconnu. Je crois qu’aucun adolescent de mon âge n’a autant de cicatrices sur le visage, ni n’est aussi défiguré que moi. Et s’il n’existe aucun avis de recherche, les policiers me prennent peut être pour plus vieux que je ne suis à cause de mes cicatrices. C’est sans doute pour ça qu’ils ne me contrôlent jamais. Ils doivent penser que je suis un clochard adulte.

 

Au début ça me rassure, mais parfois quand je dors la nuit dans le froid, je me dis que j’aurais aimé que les policiers réalisent que je ne sois qu’un enfant et m’emmènent au chaud dans un foyer. Mais je délire. Quel foyer, quels éducateurs, quels parents d’accueil voudraient d’un monstre tels que moi ?

 

C’est peut-être pour ça que mes parents m’ont abandonné ? Parce que je suis laid et plein de cicatrices ? Si seulement je pouvais me rappeler ce qui m’est arrivé.

 

 

 

Chapitre 4

Publié le 03/10/2014 à 03:38 par severinegriebaum Tags : roman travail femmes animaux cheval chiens moi

 

J’ai bien essayé de trouver du travail comme saisonnier, pour la récolte des fruits, des légumes, pour les vendanges. Parce que, je ne sais pas comment cela se fait, mais je m’y connais en travaux de la ferme et de la vigne. Je sais cultiver et récolter des légumes et des fruits. Je sais soigner les animaux. Je sais monter à cheval, traire une vache… Les seuls animaux dont j’ai peur, ce sont les chiens. Du moins quand le monstre n’est pas en moi, quand je suis tout seul. Parce que, quand le monstre est en moi, je n’ai plus peur de rien, même pas des chiens les plus féroces.

 

Certains exploitants m’ont offert du travail, mais ça ne durait jamais longtemps. Malgré le fait que je travaillais bien, ils ne parvenaient pas à s’habituer à mon visage atroce et couturé. Et surtout les autres saisonniers, en particulier les femmes ne parvenaient pas à s’habituer à mon visage. Alors le patron me payait, parfois un peu plus que nécessaire, et me demandait de partir bien vite.

 

Chapitre 5

Publié le 03/10/2014 à 03:39 par severinegriebaum

Les années passent. Deux, trois ou peut-être même quatre, je ne sais pas exactement. Je dois avoir 18 ans, peut-être un peu plus. C’est difficile d’évaluer le temps quand on passe sa vie sur les chemins de campagnes, parfois des villages et beaucoup plus rarement des villes. Ce que je sais, c’est que depuis le petit garçon de la ferme, je n’ai plus tué personne. Le monstre ne s’est plus emparé de moi. Pas une seule fois. Je me sens seul. Il me manque beaucoup, parce que depuis tout ce temps, pas un seul souvenir n’a ressurgi en moi. Mon cerveau est envahi de nuages noirs, épais. Pas un seul flash du passé n’a fait surface. Rien.

 

Oh, j’ai bien tué quelques animaux, après les avoir violés pour satisfaire mes besoins naturels, ensuite je les mange. Crus. Ils ne sont pas aussi bons que ceux que le monstre tuait avec moi, et certainement pas aussi bons que le petit garçon dont j’avais dévoré quelques morceaux. Mais il faut bien se nourrir. Le problème, c’est que je ne les fais pas souffrir comme ceux que je tuais lorsque le monstre entrait en moi. Donc je n’avais eu aucun flash. C’était désespérant.

 

Je me répète comme une litanie : « Gaspard, je m’appelle Gaspard… » Dans l’espoir que cela ouvre une porte dans ma mémoire, mais en vain. Aucun souvenir ne surgit du néant.

 

Je marche toujours dans la campagne, dans la montagne, dans la forêt… ce jour-là, au détour d’un chemin, je tombe sur un grand bâtiment pratiquement en ruine. Comme il pleut, je m’approche des ruines dans l’espoir de trouver un endroit pour m’y abriter. Je m’endors sous un porche à moitié effondré, mais, à ma grande surprise, je suis réveillé par le tintement d’une cloche.

 

Qui peut donc actionner une cloche dans un endroit aussi perdu ? On dirait que cela vient du bâtiment en ruine… Je me lève, encore hagard, les yeux remplis de sommeil. Je me recule pour mieux voir. Oui, le bruit vient bien du bâtiment en ruine.  Je ne veux pas rester là. C’est trop bizarre ces cloches qui retentissent alors qu’on doit être encore la nuit. Ce bâtiment est peut-être hanté. Et j’ai peur. Je me sens mal à l’aise la nuit. Quand le monstre n’est pas là, j’ai peur de beaucoup de choses.

 

Je veux partir, mais une voix forte retentit :

 

-Hé là ! Qui êtes-vous ?

 

Venue du tréfonds de mon âme, une prière monte à mes lèvres. Mes jambes tremblent. Une haute silhouette encapuchonnée s’approche de moi d’un air menaçant. Je voudrais fuir, mais je n’y parviens pas. J’ai peur. J’appelle le monstre, mais il ne vient pas. J’ai pourtant tellement envie qu’il vienne à mon secours.

 

-Qui êtes-vous ? Que faites-vous là à une heure pareille ? Reprend la silhouette.

 

Je ne peux pas répondre. Je ne sais pas. Les mots refusent de franchir mes lèvres. D’ailleurs que lui répondrais-je ? Je ne sais même pas qui je suis…

 

La silhouette s’approche de moi. Je ferme les yeux, persuadé qu’elle vient pour me tuer. Je rouvre les yeux. Mais non, c’est bien un homme. Un moine qui n’avait revêtu son capuchon que pour se protéger de la pluie. Il m’avait vu de loin et il vient simplement voir pourquoi j’ai dormi là.

 

-Vous-êtes vous égaré mon fils ? Demande-t-il, d’une voix qui n’est pas du tout agressive.

 

Je voudrais répondre, mais je ne sais plus vraiment comment faire. Ca fait quelques temps que ma voix n’a plus servi, que je n’ai plus parlé à personne. Depuis mon dernier patron. Il y a combien de temps au juste ? Je ne sais pas. Je sais seulement que lorsqu’il s’écoule un assez long laps de temps entre la dernière fois que je me suis servi de ma voix, par la suite, il me faut réapprendre à parler. C’est difficile. Les mots se perdent. Mes souvenirs sont constitués plus d’images et de sons que de paroles. Oh je finis toujours par savoir à nouveau parler, lire, écrire, comprendre ce que l’on me dit, mais cela me prends de plus en plus de temps à chaque fois. Je crois qu’un jour je finirai par ne plus savoir m’exprimer, par écrit ou verbalement. Mais est-ce que ça a vraiment de l’importance ?

 

Je parviens quand même à retrouver ma voix et mes mots pour répondre au moine que je m’appelle Gaspard. Mais je n’arrive pas à en dire plus. Gaspard comment ? Je ne sais pas. D’où je viens ? Je n’en sais rien. Est-ce que je suis perdu dans la forêt ? Oui et non. Je ne sais pas où je suis c’est un fait, mais je ne vais nulle part. Je n’ai nulle part où aller. Je me contente d’errer dans les campagnes, sans même connaître les noms des villages dans lesquels il m’arrive de passer. Sans même savoir dans quelle région je suis. Sans même savoir dans quel pays je suis… Je viens de le réaliser… Je parle Français. Enfin je crois. Est-ce que je suis en France ? Dans quelle région ? Suis-je Français ? A vrai dire je n’en sais rien. Je me contente de répéter au moine que je m’appelle Gaspard.

 

Le moine n’insiste pas. Il me demande si je veux entrer me sécher et me réchauffer. Je ne réponds pas, mais je le suis. Oui j’ai envie de me réchauffer. Oui j’ai faim. J’ai sommeil parce que je n’ai pas beaucoup dormi. Et surtout j’ai très mal dormi. Et pas uniquement cette nuit. Ca fait des années que je dors mal, que j’ai froid, faim, que je suis mouillé au point de ne jamais parvenir à me sécher ni à me réchauffer. Surtout maintenant que le monstre ne vient plus me rendre visite.

 

Je suis le moine à l’intérieur du bâtiment à moitié en ruine. Je remarque qu’il m’a regardé bien en face et qu’il n’a pas eu de mouvement de recul en voyant mon visage. Il n’a pas eu l’air dégoûté par mes cicatrices. Est-ce que je ne lui fais pas peur ?

 

A ma grande surprise, le moine me mène dans une grande salle où d’autres moines sont en train de manger, assis à une grande table. Combien y en a-t-il ? Sans doute une vingtaine, peut-être un peu moins. Je ne sais pas. Je vois juste une salle chauffée par un grand feu de bois et de la nourriture sur la table.

 

Les moines lèvent la tête en me voyant entrer dans la pièce, mais n’interrompent pas leur repas. L’un d’entre eux me fait signe de m’asseoir sur un siège vide, puis me dit que je peux manger et boire. Après le repas, le moine qui m’a invité à manger, me demande de le suivre. Il m’emmène dans ce qui devait être une chambre ou plutôt une cellule, jadis. Les pierres sont à nus mais il y a un lit, une armoire et un crucifix au mur. Il me dit qu’il est le père supérieur de ce monastère, qu’il me souhaite la bienvenue, que je trouverai de quoi me changer dans l’armoire et qu’ensuite je peux dormir tant que je veux sur le lit. Et si par la suite je veux m’en aller, je suis libre, mais si je préfère rester, je suis le bienvenu.

 

J’ai envie de le remercier. Je ressens sa gentillesse. Mais les mots ne franchissent pas mes lèvres cette fois encore. Pourtant, moi aussi j’ai envie de lui poser des questions. Je voudrais savoir pourquoi ces moines qui ont l’air de sortir du passé, vivent dans ce monastère complètement en ruine, isolé au milieu de la forêt, accessible par un chemin que plus personne n’utilise… Mais je n’y arrive pas. Je m’assieds sur le lit. J’enlève mes vêtements mouillés. C’est la première fois depuis toutes ces années que j’enlève les haillons malodorants qui me servent de vêtements. C’est la première fois depuis toutes ces années que j’enfile des vêtements propres, même si ce sont des vêtements de moines, même si j’aurais du demander à pouvoir me laver avant de me changer… Je suis bien trop fatigué. Je crois que j’ai tellement l’habitude de vivre dehors, dans le froid et la pluie, que le fait d’avoir mangé dans cette grande salle chauffée m’a donné sommeil.

 

Sans un mot, je me couche sur le lit et m’endors comme une souche.

 

Combien de temps suis-je resté dans ce monastère ? A mon avis une année, puisque quand je suis arrivé nous allions vers l’hiver et maintenant nous sommes à nouveau presqu’en hiver.

 

Durant cette année, je n’ai presque pas ouvert la bouche. Je n’ai posé aucune des questions que j’avais envie de poser. Je ne sais toujours pas ce que ces moines font ici, perdus au beau milieu de la forêt. Je n’ai répondu à aucune de leurs questions non plus. Mais ça, c’était à prévoir. Comment pourrais-je leur répondre alors que je ne sais rien sur moi-même. Et ici dans ce monastère, le monstre n’est jamais venu. Pas une seule fois. Mais il m’a moins manqué que d’habitude puisque j’avais la compagnie des moines. Et même, je crois qu’il ne m’a pas manqué du tout. S’il n’y avait pas le fait que le monstre m’aide à me rappeler des bribes de ma vie d’avant, je crois que je pourrais rester ici toute ma vie, au milieu de ces moines qui ne cherchent pas à en savoir plus sur moi. Je sais que par curiosité ils ont envie d’en savoir plus. Je ne sais pas s’ils pensent que je refuse de leur parler de ma vie ou s’ils comprennent que je ne m’en souviens plus, mais j’ai compris qu’ils respectaient mon silence. Ce sont vraiment de saints hommes.

 

Pendant cette année, j’ai beaucoup moins pensé à ma vie d’avant et à mes souvenirs perdus. Je me suis lavé aussi. J’ai changé de vêtements. Je me suis rasé. J’ai découvert dans un miroir, l’autre côté de mon visage. Celui qui est intact, mais qui jusqu’alors était recouvert de crasse et de barbe. Ca me fait bizarre. J’ai presque l’air normal quand je me regarde de profil. J’ai presque l’air d’un garçon qui a un peu moins de 20 ans. D’un adolescent. Oh je ne suis pas beau, ça je m’en suis bien rendu compte. J’ai le poil noir et dru, les yeux noirs enfoncés dans les orbites, les sourcils noirs et touffus, la peau foncée, tannée par des années de vie au grand air et au soleil.

 

Souvent je me regarde dans la glace, de profil, dans l’espoir de voir à quoi je ressemblais avant. Je me regarde de face aussi. Je me regarde dans les yeux jusqu’à presque m’hypnotiser, dans l’espoir de voir ressurgir mon passé. Mais de moins en moins souvent. Sans qu’ils ne m’aient rien demandés, je partage la vie et le travail des moines. Je trouve ça normal. C’est une manière de gagner le pain et le gîte que l’on me donne. Donc je me lève très tôt. Je participe beaucoup aux travaux du potager. Je m’occupe des animaux. Et le soir après le repas et les prières, je suis souvent bien trop fatigué que pour penser à ma vie d’avant.

 

J’aurais peut-être pu rester toute ma vie chez les moines. Je crois que j’aurais aimé ça finalement. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je connaissais toutes les prières qu’ils récitaient. Elles me revenaient tout simplement. Mais voilà, il a fallu qu’un jeune novice me voie au moment où je satisfaisais mes besoins naturel avec une chèvre. Je le faisais souvent depuis mon arrivée, mais personne ne s’en n’était jamais aperçu puisque j’étais seul à m’occuper des animaux. Il a fallu que ce novice, qui d’habitude s’occupait de balayer et nettoyer ainsi que de ranger les livres des moines, entre dans l’étable au moment précis où je m’occupais de la chèvre. Je me suis rendu compte qu’il m’observait. Il a fallu que je m’arrête. Je ne peux pas supporter que l’on m’observe. C’est comme si l’on regardait quelqu’un en train de faire ses besoins. Ce n’est pas propre. Je me suis arrêté. J’ai vu le novice, je crois qu’il s’appelait Philippe, en train de me regarder avec des yeux ronds. Il était jeune. Quel âge devait-il avoir ? Pas plus de 14 ou 15 ans en tout cas. Comme mon besoin n’était pas satisfait, j’ai sauté sur lui et je l’ai violé. J’étais en colère contre lui parce qu’il m’avait dérangé. Encore plus en colère parce qu’il se mettait à hurler et ne voulait pas se laisser faire. J’ai pris un bâton, je crois que c’était un manche de fourche et je me suis mis à lui taper dessus. Je voulais qu’il se taise. Mais il continuait à beugler. Alors j’ai pris une grosse pierre qui était tombée du mur en ruine et je la lui ai écrasée sur la tête. Sa tête a éclaté comme une noix de coco. Du sang a giclé. Philippe s’est enfin tu et j’ai pu continuer. Il n’était pas mort puisqu’il bougeait et gémissait faiblement. Quand j’ai eu fini, j’étais toujours en colère. Je n’arrivais pas à avaler le fait que ce gamin m’ait observé. De rage, j’ai pris le manche de la fourche et je le lui ai enfoncé dans l’anus. De toutes mes forces. Ca a eu l’air de le réveiller. Il s’est mis à hurler encore plus fort et à gesticuler dans tous les sens. Le sang giclait partout.

 

Finalement des moines sont accourus en entendant les hurlements de cet abruti. Heureusement que j’ai entendu leurs pas et leurs cris. Je me suis rhabillé en vitesse, j’ai pris une hache à tout hasard et je me suis enfui par le mur effondré derrière l’étable. Les moines m’ont vu fuir, mais ils sont vieux et lents. Ils ne parvenaient pas à me suivre et encore moins à me rattraper.

 

Par sécurité j’ai quand même couru très longtemps, puis marché lorsque j’étais essoufflé. Je me suis caché dans une espèce de bergerie en ruine où j’ai passé la nuit. Je crois que je devais être assez loin du monastère.

 

En me réveillant, je ressens un sentiment très bizarre. Un sentiment que je ne comprends pas. Je crois que je l’ai déjà ressenti, mais je n’en suis pas sûr. Et je ne sais plus quand. Je suis triste de ne pas pouvoir retourner chez les moines. Pas seulement triste de ne pas pouvoir dormir dans un lit et manger un repas chaud à une table dans une salle chauffée, non. Triste de ne plus revoir ces moines que j’ai côtoyés pendant une année je crois. Triste de devoir quitter un endroit où je me sentais bien et où j’aurais pu terminer ma vie. Je crois que j’aurais pu entrer en religion. Je crois que j’aurais aimé aussi. Il a fallu que ce petit con arrive dans l’étable et me surprenne pour venir tout gâcher.

 

En même temps je me rends compte d’autre chose. C’est la première fois que je tue un être humain de moi-même, sans l’intervention du monstre. Parce que c’est bien moi qui l’ai tué Philippe. C’est moi tout seul qui l’ait tué. Le monstre n’y est pour rien cette fois-ci. Le monstre n’avait pas accès au monastère et à ses environs immédiats. Et de toutes manières, il n’était pas là. Il n’a pas pris possession de moi. Qu’est-ce qui m’arrive ? Est-ce que je suis aussi un assassin ? Non, je ne crois pas. Je crois que c’est simplement la colère contre Philippe. D’ailleurs je l’aimais bien Philippe. S’il s’était laissé faire, je ne l’aurais pas tué. Je ne suis pas un assassin. Mais il fallait que je me soulage. Oui, tout est de sa faute. Il aurait du se laisser faire ou simplement ne pas entrer dans l’étable, comme moi je n’entrais pas dans les toilettes quand il était en train de faire ses besoins.

 

 

 

 

 

Chapitre 6

Publié le 03/10/2014 à 03:40 par severinegriebaum

J’étais vraiment triste de ne plus pouvoir revenir au monastère. Je me rends compte que c’est la première fois de ma vie que j’ai des souvenirs. C’est la première fois de ma vie que j’ai de vrais regrets. Maintenant il va falloir vivre à nouveau comme je vivais avant le monastère, mais en me rappelant vraiment de la vie parmi les moines, avec les regrets qu’elle me laissait. C’était une vie unie, sans surprise, mais une vie équilibrée. J’aurais tellement aimé pouvoir continuer.

 

C’est tellement dur maintenant de recommencer à errer dans les campagnes, les bois, dans la montagne, dans les collines, dans la garrigue en sachant ce que je laissais derrière moi, en sachant ce que je perdais, en sachant ce que je ne pourrais plus jamais récupérer. Ca fait bizarre d’avoir des souvenirs.

 

C’était bien fait que Philippe soit mort finalement, puisqu’il m’avait volé ma vie. La vie que j’essayais de me reconstruire.

 

Bon, il me faut à nouveau me mettre en route. Je le fais de mauvaise grâce. Je suis encore propre et vêtu correctement, mais je sais que d’ici très peu de temps je serai à nouveau en haillons, sale, barbu. Je ferai à nouveau fuir les gens.

 

Je me remets à marcher sans but dans la campagne. Comme autrefois je cherche des petits boulots de saisonniers et comme autrefois, malgré le fait que je sois plus propre qu’avant, je me fais jeter parce que je suis laid et couvert de cicatrices.

 

Je crois que nous sommes en juin, parce que nous sommes en train de rentrer les foins. Il fait chaud. Ca fait trois jours que je travaille dans cette ferme et personne n’a encore fait de remarque au sujet de mes cicatrices. Je suis étonné, parce que comme il fait très chaud, elles sont en train de suppurer. Elles me font très mal.

 

Pendant la pause déjeuner, les saisonniers en profitent pour se reposer un peu à l’ombre. Je pensais me reposer aussi, mais mes douleurs m’empêchent de dormir. Et puis j’ai soif. Je sais qu’à moins de 500 mètres se trouve une belle fontaine dont l’eau est très fraîche. Je vais aller y boire un coup et me passer de l’eau sur mes cicatrices qui me brûlent. Et peut-être profiter que le village soit désert pour me passer de l’eau sur le corps. Ca fait des semaines que je ne me suis pas lavé. Je pue comme un rat mort. Et aussi, je m’étais habitué à me laver chez les moines. Ne plus le faire parce que je n’en n’ai pas la possibilité, me gêne beaucoup.

 

En revenant vers la grange où les saisonniers font la sieste, j’aperçois une chèvre. Elle me donne des envies. Ca fait très longtemps que je n’ai plus satisfait mes besoins naturels. Et j’adore faire ça avec une chèvre. Je m’approche, mais la chèvre n’est pas seule. Un enfant que je n’avais pas vu, est étalé contre un ballot de paille. Il est en train de lire tranquillement. Un enfant, c’est bien mieux qu’une chèvre. Je m’approche de l’enfant et au même moment, le monstre prend possession de moi. Moi je voulais m’y prendre gentiment. Cet enfant là ne m’avait rien fait. Ce n’était pas comme Philippe… Mais le monstre en a décidé autrement. Il ne me laisse pas le temps de réfléchir. Il me pousse à plonger violemment sur le petit garçon qui se met à hurler. Le monstre me force à le bourrer de coups de poings. Il veut que le garçon se taise sinon on va se faire repérer, les autres vont se réveiller à cause de ses cris. Il ne peut pas laisser faire ça. Je ramasse une pierre et j’en frappe le garçon à la tête. Il ne bouge plus. Je mords un morceau de sa cuisse. Quel bonheur ! Quel délice ! Ca fait tellement longtemps que je n’ai plus mangé quelque chose d’aussi raffiné…

 

Mais le garçon n’est pas mort. Pendant que je me régale avec le morceau de sa cuisse, il revient à lui et se met à hurler de toutes ses forces. Il a peur. Il a mal. Il ne se rend pas compte que le monstre va le tuer…

 

-Aaaaaaaaaaaaah !!!!

 

Le cri a jailli de ma gorge. C’est la douleur qui me l’a fait pousser. Je viens de recevoir un coup violent au visage. Du coup, le monstre est parti et je reste seul. Seul face au fermier et à deux de ses aides qui sont accourus en entendant hurler le gamin. Seul face au père du garçon qui me regarde mâchouiller un morceau de son fils avec horreur, un râteau dans la main.

 

Je profite de son étonnement pour sortir mon couteau et le lui planter dans le bide, avant de m’enfuir à toute vitesse.

 

Les autres s’empressent autour du fermier et de son fils qui pissent le sang tous les deux. Il y en a bien quelques uns qui hurlent qu’il faut me rattraper, appeler la police, les autres comprennent vite que le plus urgent est d’appeler les secours pour les deux blessés.

 

J’en profite pour mettre le plus de distance possible entre le village et moi.

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 7

Publié le 03/10/2014 à 03:41 par severinegriebaum

Depuis cet acte manqué, j’erre dans la campagne. Mon esprit est confus parce que le monstre s’empare de moi, même lorsque je suis tout seul, lorsqu’il n’y a ni animaux, ni être humain à proximité. Le monstre est furieux. Il n’a pas pu arriver à ses fins. Il est encore plus en rage que moi lorsque Philippe est venu troubler mon plaisir avec la chèvre. Je crois que la prochaine personne sur qui je tomberai souffrira encore plus que les autres. Le monstre entre et sort de mon corps quand il en a envie, sans me prévenir. Je tremble. Je suis pris de vomissements. Je tombe dans le fossé. Je m’évanouis. Je me relève. Et ainsi de suite. C’est terrible. J’ai envie de hurler, d’arracher les arbres, de dépecer des animaux et des humains. Jamais je n’ai encore ressenti cette sensation. Je suis frustré aussi, parce que le monstre n’a pas obtenu satisfaction, donc son nom n’est pas apparu dans mon esprit en lettres de feu. Et je n’ai eu aucun flash sur ma vie d’avant.

 

A moins qu’à cause de l’année passée chez les moines, je n’aie plus aucun flash de mon enfance. C’est peut-être cela finalement. Peut-être qu’à cause de cette année passée chez les moines, ce soit cela maintenant « ma vie d’avant » et non plus mon enfance. Oh j’espère bien que non. Ce serait trop terrible de ne plus jamais me rappeler de mon enfance. J’ai tant de questions sans réponse. Je n’en peux plus. Je suis à bout. J’en viens à me demander ce que je fais sur cette terre.

 

Pendant que je pleure affalé dans le fossé, mes vêtements souillés de vomissures, je sens quelque chose ou quelqu’un s’approcher de moi… Je me redresse. C’est une femme. Une femme assez jeune. En tout cas, moins de 40 ans, c’est sûr. Je me demande ce qu’elle me veut. Mais je n’ai pas le temps de comprendre qu’elle s’inquiète de me voir couché dans le fossé. Le monstre reprend immédiatement possession de moi. Je plonge sur la femme. Je me mets à la bourrer de coups de poings, de pieds. Je sors mon couteau. Je la pique sur tout le corps. Le sang coule. Elle se met à hurler. Je l’assomme à moitié en lui donnant des coups de poing. Je la viole avec une ardeur dont je n’avais encore jamais fait preuve. Le nom du monstre s’affiche dans mon esprit. Il clignote en lettres de feu. Je vois le feu. Le feu tout autour de moi. Les lettres de feu se sont transformées en un feu infernal. Tout en violant la femme, j’ai l’impression que toute la campagne environnante s’est mise à brûler. J’entends des cris, des hurlements de douleur, de terreur… Je prends mon couteau, je pique encore la femme sur tout le corps. Je lui arrache un morceau de fesse d’un coup de dents. C’est bon. Pas aussi bon que les petits garçons, mais c’est bon. Tellement bon. Avec mon couteau, j’arrache quelques lambeaux de chairs et je les fourre dans ma poche. Histoire de faire durer le plaisir. La femme hurle encore et encore. Sa voix se brise. Ses yeux se révulsent. Elle semble folle de douleur et de peur. Le monstre adore ça. Moi pas tellement, parce que les hurlements de la femme troublent mes souvenirs qui remontent. Je vois le feu. Un feu qui ravage tout. Des cris, des pleurs, des crépitements, une explosion…

 

Après avoir fourré les morceaux de chair dans mes poches, je reprends mon couteau et je me mets à couper la tête de la femme. C’est difficile. Elle ne se laisse pas faire. Mon couteau n’est plus assez aiguisé. La lame est émoussée. Mais je dois lui couper la tête. J’ai besoin de lui couper la tête. Le monstre veut que je lui coupe la tête. Le sang jaillit. La femme hurle. Du sang sort de sa bouche alors que sa tête est déjà à moitié arrachée. J’en ai assez. Dans un sursaut d’adrénaline, j’arrache de mes mains la tête qui n’est plus retenue au cou que par un morceau de chair. C’est fini. La femme s’est tue. Depuis un bon moment je crois. Je pense qu’elle était déjà morte et que les hurlements que j’entendais provenaient des flashes de souvenirs qui me remontaient.

 

Je me rends compte que je tiens dans mes bras, tel un hideux ballon, la tête défigurée par la peur et la douleur d’une femme qui voulait simplement me porter secours parce qu’elle m’avait vu étendu dans le fossé. Il y a du sang partout. Dans le fossé, sur le chemin d’où venait la femme, sur elle, sur mes vêtements.

 

Il fait encore clair parce que nous sommes à la fin du mois de juin, mais le soir tombe. Il n’y a personne sur ce chemin de campagne peu fréquenté, mais au loin on peut voir les lueurs de la ville ou d’un gros bourg. Et disséminées dans la campagne, les lueurs qui provenaient sans doute de fermes isolées au milieu des champs.

 

Je remarque que la femme était venue à vélo : son engin git un peu plus loin. J’ai envie de le prendre. Je sais que je peux rouler à vélo. Un flash me revient en regardant la bécane, je suis pieds nus et je roule dans une cour de ferme sur un vieux vélo brinquebalant.

 

Je ramasse le vélo. Je monte dessus et je fonce à travers la campagne sans plus me soucier du corps à moitié dépecé que je laisse derrière moi.

 

 

 

 

 

Chapitre 8

Publié le 03/10/2014 à 03:42 par severinegriebaum

J’adore le vélo. C’est bien plus amusant que la marche à pieds. On va plus vite, mais il n’y a pas que cela. En roulant à vélo, je parviens à provoquer des flashes. Oh ils sont très courts, mais ce sont des flashes quand même.

 

Je revois une cour de ferme, de plus en plus précisément. Une fosse à purin où on entasse le fumier. Un coq blanc. Des poules brunes. Un dindon. Un banc sur lequel sont assises plusieurs personnes. Des hommes je crois, puisqu’ils fument la pipe. Mais je ne parviens pas à voir leurs visages ni à entendre leurs voix. Pourtant je les entends parler. Je sais qu’ils parlent. J’entends leurs voix. Mais je ne comprends pas ce qu’ils disent.

 

J’entends une cloche. Il fait chaud. Est-ce que c’est l’été ? Est-ce qu’il fait chaud dans cet endroit ou bien est-ce que cette chaleur que je ressens a un rapport avec le feu que je perçois dans mes flashes quand je tue ?

 

Je pédale. Je pédale comme un fou. Je ne fais attention à rien ni à personne. Je ne regarde même pas s’il y a des voitures sur la route. Je suis perdu dans mes pensées à essayer d’extirper mes souvenirs de mon cerveau. Je veux me souvenir. J’ai besoin de me souvenir. Mais les coups de pédales ne suffisent plus. Je sens que j’ai besoin de l’aide du monstre pour me souvenir. Je l’appelle, mais il ne se décide pas à venir. Pourtant j’ai tant besoin de lui. Je voudrais revoir cet incendie, entendre à nouveau ces cris. Etait-ce ma maison qui brûlait ? Etait-ce moi qui ai mis le feu ? Ai-je tué ma famille ? Est-ce pour cela qu’il n’y a jamais eu aucun avis de recherche me concernant ? Ai-je tué ma famille ?

 

Après avoir passé la nuit dans un bois, au frais, parce qu’il fait tellement chaud en ce mois de juillet, que je ne dors bien que dans les bois, je pousse mon vélo jusqu’à la fontaine du village tout proche. C’est un hameau plus qu’un village. Il m’a fallu rouler certainement plus de 20 km dans la forêt pour parvenir jusqu’ici. C’est vraiment très isolé. Il n’y a que le chemin forestier qui amène jusqu’ici et un autre tout petit chemin qui a l’air de monter vers les sommets. Et autour, rien que des champs, des prés et des bois. Ca devrait être agréable pour un esprit apaisé.

 

Je me rince à la fontaine, ensuite je bois jusqu’à plus soif. Une femme me regarde d’un sale œil. Mais je ne lui en veux pas, je sais que ma dégaine fait peur. Je lui fais un petit signe de la main. Elle détourne le regard. Je pousse ma bicyclette sur le chemin qui monte. J’arrive à un croisement, d’un côté le chemin qui grimpe vers la montagne et de l’autre, un chemin, une ancienne route en fait, mais dont le bitume est tellement abîmé que les herbes poussent dans les trous. Je ne pensais pas qu’il y avait une route ici. Je me demande où elle mène. Elle a l’air longue en tout cas. Et isolée. Pas une seule maison en vue. Rien que des champs, des bois, des prairies. Je monte sur mon vélo malgré les trous de la route. Je préfère rouler que pousser mon engin. Je me demande si je suis encore en France. Ou même si j’y étais avant. Finalement je n’ai toujours aucune réponse à mes questions les plus élémentaires et je ne sais même pas en quelle langue je parle et je pense. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de continuer à vivre comme ça ?

 

Epuisé par le soleil, je me couche sous un arbre et m’endors. Lorsque je m’éveille le soleil a déjà pratiquement terminé sa course. Il fait presque soir. Je reprends mon vélo. Je peux rouler la nuit, il y a un phare et aucune voiture ne fréquente cette route perdue. Je roule encore pendant quelques heures. Combien, je ne sais pas. Je m’arrête lorsque je suis épuisé.

 

J’ai de la nourriture avec moi. Depuis le jour où j’ai arraché avec mon couteau, des lambeaux de chairs de la femme que j’ai tuée en arrachant la tête, il m’arrive souvent de tuer des animaux pour les manger. Et je garde les restes dans les fontes de mon vélo. Enfin du vélo de la dame. Comme ça j’ai de la nourriture pour plusieurs jours.

 

 

 

Chapitre 9

Publié le 03/10/2014 à 03:43 par severinegriebaum

Il commence à faire clair. Le jour ne va plus tarder à se lever. J’aperçois un village au loin. Je crois que je ne peux pas faire autrement qu’y passer puisque la route continue tout droit. J’ai un coup de pompe. Je m’installe sous un arbre pour faire une petite sieste, après avoir mâchouillé quelques petits morceaux de chair et bu l’eau du ruisseau qui longe la route.

 

Lorsque je me réveille, le soleil est déjà haut dans le ciel. Mais ce qui m’a réveillé n’est pas le soleil. C’est un bruit de pas. Un craquement de branche aussi. J’ouvre les yeux et je me retrouve face à une jeune fille. Elle ne doit pas avoir plus de 13 ou 14 ans. Elle a un vélo à la main et me regarde d’un air étonné. Moi aussi je suis étonné. Je ne m’attendais pas du tout à une telle apparition. La petite fille me parle, mais je n’entends pas ce qu’elle me dit. Je vois ses lèvres bouger. Je vois ses yeux étonnés, mais je n’entends rien qu’un bourdonnement indistinct.

 

Le monstre, je sens qu’il arrive. Je sens qu’il prend possession de mon corps. Je ne parviens plus à me maîtriser. Il faut que je lui obéisse. Il faut que je tue cette petite fille, que je la viole et que je la mange. Pourtant je n’en n’ai pas envie. Elle a l’air gentille. Elle sourit en me regardant, mais pas un sourire moqueur comme certains. Non, on dirait qu’elle a vraiment envie de me parler. J’essaie de faire comprendre au monstre que ce n’est pas le moment, mais il ne veut rien entendre. Il lui faut de la chair fraîche.

 

Je me lève. La petite fille n’a pas peur, pourtant elle devrait. Mais pourquoi est ce que mon visage défiguré et mes cicatrices ne la poussent pas à s’enfuir ?

 

Avant qu’elle n’ait le temps de réaliser ce qui lui arrive, je plonge sur elle. Je me mets à la frapper, à la mordre. Elle a un temps de réaction. Elle ne s’attendait pas du tout à cela. Au début elle ne crie pas. Mais après, ses hurlements déchirent mes tympans. Surtout lorsque je me mets à lui arracher des lambeaux de peau avec les dents. Elle a l’air d’avoir très mal. Je sors mon couteau. Elle essaie d’arrêter de hurler, mais elle a trop mal, elle n’y parvient pas. Ses yeux sont presque révulsés de douleur. Pourtant je n’arrive pas à me concentrer sur ce que je fais. Je n’arrive pas à voir le nom du monstre en lettres de feu. Je n’arrive pas à avoir des flashes sur mon passé. Je deviens fou de rage. Je prends une pierre, je lui fracasse le crâne. Je la viole. Je lui enfonce un bâton dans le vagin. Un autre dans l’anus. Je lui écrase le visage à coups de pieds. Je lui arrache des morceaux de peau. Rien à faire. Le monstre m’échappe. Il m’a forcé à tuer une petite fille que je n’avais pas envie de tuer, et ça ne m’a rien rapporté. Rien du tout. Je l’ai tuée pour rien. Le monstre avait bien pris possession de mon corps, mais mon esprit ne voulait pas. J’ai fait des efforts en espérant obtenir ce que je voulais et réveiller des souvenirs, mais j’en ai été pour mes frais.

 

Je suis déçu. J’en veux au monstre. Pour la première fois je suis en colère contre lui. Cette petite fille avait l’air si gentille. Elle me parlait si amicalement. Si le monstre n’était pas arrivé, nous serions peut être devenus amis. Et j’ai du la tuer…

 

 

 

 

 

Chapitre 10

Publié le 03/10/2014 à 03:43 par severinegriebaum

L’été tire sur sa fin. Je crois qu’on est en septembre. Je crois que je vais avoir 20 ans cette année.

 

Je me retrouve dans une ville. Je ne sais pas laquelle. J’ai beau faire des efforts, je ne parviens jamais à me rappeler où je suis. Je lis les panneaux, mais j’oublie aussitôt ce que je viens de lire. Je sens qu’on va vers l’automne parce que les jours raccourcissent.

 

Je parviens à travailler quelques semaines dans une taverne. Je fais la plonge à l’arrière, où personne ne me voit. Je ne sais pas pourquoi le patron a accepté de m’engager malgré ma laideur. Il me permet aussi de dormir dans sa grange. Dans le foin. J’adore dormir dans le foin. C’est confortable, chaud et ça sent bon.

 

J’aurais peut être pu rester ici longtemps parce que le patron est gentil, mais il a fallu que je fasse une bêtise. Au cours d’une discussion, parce qu’on discutait souvent le soir, tard, assis sur un banc de pierre dans le jardin, en fumant, je lui ai expliqué que parfois il me prenait des envies de tuer. J’ai cru pouvoir lui faire confiance. J’ai cru qu’il allait me comprendre, m’aider à m’en sortir, car il était paternel. J’avais besoin de me confier à lui. Je lui ai parlé du monstre qui prenait possession de moi. Je lui ai expliqué que parfois quand je rencontrais certaines personnes, je ne pouvais m’empêcher de leur faire du mal, de les tuer, les manger, les violer… Il n’a pas compris. Il m’a regardé d’un air d’horreur. Il m’a demandé si je plaisantais, en rajoutant que ce n’était pas drôle du tout ce que j’étais en train de lui raconter. Il a du remarquer à mon visage que je ne plaisantais pas.

 

Il m’a chassé. Il m’a dit de partir et de ne plus jamais revenir chez lui ni en ville.

 

Je n’arrivais pas à le croire. Je croyais que je pouvais lui faire confiance.

 

Alors je suis retourné à la grange pour prendre mes affaires, mon vélo et le monstre a renversé la lampe à pétrole qui servait à m’éclairer le soir. Le foin a pris feu et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, la grange brûlait, la maison et la taverne aussi.

 

On entendait les hurlements de la femme et des enfants du patron, pris au piège des flammes dans leurs chambres sous les toits, mais je fermais mes oreilles en pédalant comme un fou sur la côte qui sortait de la ville…