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c'est ma mère qui l'a dessiné et moi qui l'ai colorié
Par Séverine Sileig, le 20.10.2014
magnifique vraiment il n'y a pas d'autres mots
Par Maïté, le 20.10.2014
sublime poème d'amour
Par Maïté, le 20.10.2014
superbes paroles, superbe chanson
Par Maïté, le 20.10.2014
j'adore
Par Maïté, le 20.10.2014
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· Chapitre cinq : Commissaire Schuller, brigade des moeurs.
· Chapitre deux : Une demande incongrue
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· Héroïne Cocaïne
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· Chapitre six : Suivi psychologique
· 8. La justice selon Martin Schuller
· 25. Kilian tourne mal
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Date de création : 05.06.2014
Dernière mise à jour :
07.11.2014
161 articles
Une demande incongrue.
Depuis quelques temps, Kilian se posait des questions sur la sexualité. Il aurait bien aimé comprendre comment étaient faites les filles. Sa mère ne lui expliquait pas grand-chose à ce sujet : lorsque l’on évoquait la sexualité avec Vonnick, celle-ci se contentait de lancer quelques propos salaces et de terminer par de grasses plaisanteries. Quant à son père, qui était âgé de soixante trois ans, il en disait encore moins! De son temps, on ne parlait pas de cela aux enfants, ils apprenaient tout seul et tout allait bien ainsi… Mais à notre époque les choses avaient changé : on recevait des cours d’éducation sexuelle au Collège et on en discutait déjà à l’école primaire entre copains. Seulement Kilian se sentait très mal à l’aise lors de telles discussions entre copains, car ces derniers avaient l’air de tellement savoir de quoi ils parlaient, comme s’ils avaient déjà fait de multiples expériences en la matière, alors que lui…
Kilian fut pris d’une subite envie de voir de près comment était faite une fille et se risqua à demander à Meghann de bien vouloir se déshabiller. Il n’avait pas le sentiment de faire quelque chose de répréhensible, puisque chaque fois qu’il entrait chez sa voisine Nolwenn, les deux petits se baladaient nus dans l’appartement. Ils se montraient même ainsi sans aucune gêne, devant la fenêtre. Les gens du quartier avaient même coutume d’affirmer qu’il s’agissait d’une déformation professionnelle et que Nolwenn mettait ses gosses en vitrine afin de commencer déjà à leur apprendre le métier… Au grand étonnement du jeune garçon, Meghann refusa tout net et Kilian un peu vexé, n’insista pas. Il retourna à sa partie de Flight Simulation interrompue.
Au bout d’un certain temps, n’entendant plus les piaillement des deux petits qui jouaient sur le tapis du salon avec les jouets de son petit frère Naïk, Kilian se retourna et s’aperçut que la petite Meghann s’était déshabillée totalement à la demande de son frère Tugdual, qui lui avait en outre, enfoncé un crayon dans le sexe…
On ne joue plus…
Horrifié Kilian bondit, son sang ne fit qu’un tour : la petite allait se faire mal avec ça, et immédiatement il ôta le crayon et obligea l’enfant à se rhabiller. Le jeu ne le faisait plus rire du tout.
- Est-ce que tu es malade Tugdual, de faire des choses pareilles à ta sœur? Imagine que le crayon se casse ou que tu l’enfonces tout à fait. Et puis, tu sais qu’on peut aller en prison quand on fait ces choses là et qu’on est adulte?
Tugdual se mit à rire, sans répondre.
Kilian continua à gronder le petit garçon, d’autant plus qu’il se sentait vaguement coupable d’avoir incité Meghann à se déshabiller. Mais ce n’était pas pour lui faire subir cela ! Simplement, il voulait voir à quoi ressemblait une fille, mais certainement pas lui faire mal…
Kilian jeta rageusement le crayon au fond de la pièce et demanda aux deux petits s’ils voulaient jouer aux Lego dans sa chambre.
- On va faire un énorme château, comme l’autre jour, d’accord ? Les deux petits répondirent par l’affirmative. L’adolescent et les deux enfants montèrent à l’étage des chambres et se mirent à empiler des briques. Kilian finit par oublier l’incident.
Tout à coup, Meghann fit un caprice et se mit à tout casser, comme à son habitude.
- Je voulais les blocs jaunes ! Tugdual m’a volé tous les blocs jaunes ! Maintenant je ne sais pas terminer mon château… Et de balancer de plus belle les blocs de Lego à travers la pièce.
Kilian lui demanda de se calmer, mais la petite fille continua à démolir la construction. Le jeune garçon la prit par les épaules et se mit à la secouer pour qu’elle s’arrête.
- Attention Meghann, je vais dire à ta mère que tu casses tout, que tu ne sais pas jouer gentiment, et elle ne te permettra plus jamais de venir chez moi. Mais, vive comme une anguille, la petite fille se débattit, échappa aux bras de Kilian et se cogna la tête à l’arête du lit.
- Aïe ! Aïe ! Aïe ! Gémit-elle en se mettant à pleurer. Tu m’as fait mal ! Je le dirai à ma maman ! Tu m’as fait mal !
- Je dirai à ma mère que tu as fait mal à ma sœur ! Et je dirai à ma mère que c’est toi qui as mis le crayon! Lança Tugdual rancunier. Tu iras en prison ! Puis, prenant sa sœur par la main, le petit garçon quitta l’appartement, par la fenêtre du living, comme il était entré.
Pédophile !
Ne sachant que faire car il s’était rendu compte en redescendant que son ordinateur avait planté et qu’il n’avait aucune envie de recommencer tout le niveau de son jeu, Kilian se décida finalement lui aussi à sortir par la fenêtre. Sa mère ne revenait pas, elle avait dû encore une fois s’attarder ou rencontrer quelqu’un.
Lorsque Vonnick commençait à bavarder on ne savait jamais quand elle allait s’arrêter et Kilian n’avait aucune envie de passer toute sa journée de congé à attendre patiemment son retour.
L’adolescent sortit son vélo de la remise pour aller voir sur la plaine s’il ne trouvait pas un ou deux copains pour jouer au foot ou flâner dans le quartier, mais il était à peine sorti qu’une espèce de furie échevelée lui tomba dessus.
Kilian ne la reconnut pas tout de suite, mais réalisa qu’il s’agissait d’une femme. Elle se mit à le frapper, lui tirer les cheveux, lui donner des coups de pieds. Le jeune garçon ne comprit pas ce qui lui arrivait et ne réagit même pas, pas plus qu’il ne se défendit.
La femme déchaînée continua à hurler.
- Crapule ! Ordure ! Pédophile ! Violeur ! Tu as violé ma fille, salaud ! Gamin de merde! Pourriture ! Et de frapper de plus belle.
Les mots pénétrèrent dans son crâne sans que Kilian n’en comprenne la signification, mais pourquoi disait elle cela ?
Il réalisa enfin qu’il s’agissait de Nolwenn, la mère de Meghann et Tugdual. Derrière elle, se trouvait un autre voisin Pablo, le père de son copain Orlando. Ce dernier se tenait en arrière et ricanait doucement, jouissant de la scène avec délectation, tandis que son père brandissait le poing en direction de Kilian. Alertés par le bruit et les cris, d’autres voisins se massèrent à leurs fenêtres. Toutes celles du quartier s’ouvrirent toutes les unes après les autres. Certains voisins sortirent. Des hommes qui rentraient du travail et des femmes revenant des commissions s’arrêtèrent avides de sensations. Kilian entendit Pablo affirmer d’un ton entendu aux curieux qui s’agglutinaient.
- Il a violé la petite Meghann, elle avait sa petite culotte pleine de sperme ! Il a violé la petite de Nolwenn ! Mais cela lui paraissait tellement absurde…
Il continua à se laisser faire mollement, tandis qu’une véritable foule s’était amassée autour des deux protagonistes et hurlait.
- Pédophile ! Espèce de monstre ! Pervers ! Voyou! Ta place est en prison, il faut appeler la police ! Encourageant Nolwenn à continuer à frapper le garçon.
Morgan, le voisin d’en face sortit de chez lui alerté par le bruit. Son sang ne fit qu’un tour en voyant Nolwenn transformée en furie frapper Kilian qui se laissait faire sans même songer à se protéger et dont le sang commençait à couler, du nez, de la lèvre… et surtout en constatant que les badauds au lieu d’essayer d’intervenir préféraient conspuer le jeune garçon et inciter la femme à continuer à frapper ! Il se jeta courageusement dans la bagarre et empêcha Nolwenn de continuer à le frapper.
- Tu vas le tuer ! Arrête !
- Il a violé ma fille ! Il a violé Meghann, ce malade ! Ma petite fille ! Il a détruit sa vie ! Lâche-moi ! Laisse-moi le tuer ! C’est un violeur, un pédophile ! Un malade sexuel...
Je ne sais pas ce qui s’est passé, moi je rentre du boulot je n’étais pas là et je ne me permets pas de juger, mais quoi qu’il ait fait, ce n’est qu’un enfant lui aussi, et tu n’as pas le droit de le frapper ainsi ! Si tu es persuadée qu’il a fait du mal à ta fille appelle la police, mais tu n’as pas le droit de te faire justice toi même !
Morgan était déménageur, et lui-même père de trois garçons dont l’aîné avait l’âge de Kilian et jouait quelquefois au football avec lui sur la plaine. Morgan avait lui-même connu une enfance extrêmement difficile auprès de parents alcooliques et d’un père, en particulier, terriblement violent. Il avait failli mal tourner au cours de son adolescence et même par la suite : violences, dégradations, beuveries qui tournaient mal, vols, coups et blessures... son parcours ressemblait à celui de Kilian... et s’était terminé en prison ! C’est là qu’il avait pris conscience de sa déchéance, et du fait que s’il ne se reprenait pas très vite il infligerait à sa femme et à ses enfants la même vie que son père leur avait infligé à sa mère, son frère, sa sœur et lui-même. Depuis il était devenu un type bien, montré du doigt uniquement par les flics, qui eux, n’acceptaient pas d’oublier...
Finalement, Nolwenn accepta de se laisser calmer par Morgan et de rentrer chez elle avec ses enfants, au grand désappointement des voisins qui espéraient un fait divers un peu plus croustillant à se mettre sous la dent…
La Cité Kerfontaint retrouva un semblant de calme et les voisins se dissipèrent peu à peu, même si quelques groupes subsistaient de part et d’autre pour commenter diversement l’événement.
Kilian aussi rentra chez lui. Il ne se sentait pas bien du tout. Il tremblait sur ses jambes et avait mal au ventre. Il n’avait plus du tout envie d’aller se balader à vélo dans le quartier ni d’aller jouer au football sur la plaine.
Quand elle rentra avec ses deux plus jeunes enfants, heureusement sans avoir croisé de voisins, Vonnick trouva son fils bien pâle et exceptionnellement calme. Ne se doutant de rien, la jeune femme interrogea son fils, craignant qu’il ne soit malade.
Je vais te donner un thermomètre pour prendre ta température, tu n’as vraiment pas l’air dans ton assiette.
- Non, ça va ! Je vais bien je t’assure. Je crois que j’ai trop joué à l’ordinateur…
Commissaire Schuller, brigade des mœurs…
La famille Magouero venait de terminer de dîner.
François, le père, lisait son journal, tandis que Vonnick débarrassait les dernières assiettes et que Janig, la sœur de Kilian, jouait avec Naïk, le petit dernier et plus gâté de la famille, un bon gros bébé joufflu qui venait d’avoir trois ans.
Kilian était toujours aussi renfermé, il n’avait presque rien avalé au repas du soir et au grand étonnement de ses parents, ne s’empressait pas comme à son habitude de demander à pouvoir sortir rejoindre ses copains sur la plaine, pas plus qu’il ne s’installait sur le siège vide devant l’ordinateur...
La sonnerie de la porte d’entrée retentit.
François se leva pour ouvrir : un homme de taille et de corpulence moyenne, les cheveux blonds légèrement ondulés vêtu d’une veste en cuir brun plutôt élimée sur un jeans tout aussi usé se tenait devant la porte entre trois policiers en uniforme. Il brandit sa carte devant les yeux de François ébahi : le commissaire Martin Schuller et sa brigade. Brigade des Mœurs !
François ne comprenait pas, il croyait à une erreur.
- Vous avez bien un fils qui se prénomme Kilian ? Interrogea Schuller sans trop de douceur.
- François répondit par l’affirmative, toujours sans comprendre.
Le commissaire Schuller demanda alors à entrer. François ne songea même pas à lui demander s’il était en possession d’un mandat ou d’une autorisation quelconque ; il laissa entrer les policiers. Il connaissait Martin Schuller de vue. Il le voyait souvent dans le quartier. Sa mère habitait un peu plus loin et Schuller avait vécu chez elle jusqu’à son mariage avec sa voisine Claudia. Tout le monde dans le quartier connaissait les frères de Claudia, ou du moins leur réputation car la réputation de la famille Sanchez n’était plus vraiment à faire dans la Cité ! L’aîné, Juan Sanchez était un des précédents chefs de la bande de la Cité Kerfontaint, bien avant Orlando et son frère Franco ! Ils appartenaient à la génération précédente, la plus terrible. Ceux qui l’avaient connue, qui avaient fréquenté la bande de l’époque étaient tous devenus adultes aujourd’hui mais n’en gardaient pas moins la nostalgie. C’était le temps où les durs étaient de vrais durs…
Chacun savait également dans le quartier que le commissaire Martin Schuller de la Brigade des Mœurs couvrait et protégeait ses beaux-frères pour les beaux yeux de sa femme Claudia qu’il n’avait pas envie de faire pleurer ! Elle aimait tellement ses quatre frères : les deux aînés Juan et Pedro, qui avaient toujours tenu le rôle du père absent, et les deux plus jeunes, Luis et Antonio, deux jumeaux de huit ans ses cadets et qu’elle avait pratiquement élevés ! Il ne fallait pas qu’ils se retrouvent en prison !
François savait tout cela comme chacun dans la Cité Kerfontaint, mais comme chacun dans la Cité il se taisait, du moins il se taisait en face de la police et des autorités.
Dans le quartier et sous le manteau en revanche les potins volaient bas. Schuller était une ordure et tout le monde était au courant, mais personne n’aurait osé le dénoncer ou témoigner contre lui car il était pervers le bougre. Il savait protéger ses arrières !
Et puis François était du genre soumis à la police et aux autorités. Il avait soixante-trois ans et avait vécu toute sa vie dans la Cité sans jamais rencontrer de problème avec qui que ce soit. François était un homme bon, doux et gentil, qui pour rien au monde ne causerait le plus petit problème à quiconque ou ne se révolterait. Jamais il n’avait eu le moindre accrochage avec la police de sa vie.
Alors, il fit rentrer Schuller même s’il ne l’aimait pas, même s’il savait que c’était un flic ripoux, même s’il n’avait pas de mandat et même s’il n’avait pas l’air pressé de lui donner la raison de sa visite. Schuller était tout de même un flic ! Il avait des droits sur lui, c’était lui qui détenait le pouvoir !
Schuller pénétra dans l’appartement et fronça les sourcils. C’est plutôt désordonné ici… Fit-il remarquer d’un air dégoûté.
Vonnick arriva. Son mari et elle, entreprirent de se justifier en s’empressant d’expliquer au commissaire que le repassage n’avait pas été fait car Vonnick était sortie de l’hôpital pour une opération assez grave subie une quinzaine de jours plus tôt. Elle avait été opérée du ventre et tenait difficilement debout pour repasser et mettre de l’ordre. Son mari âgé de soixante-trois ans l’avait beaucoup aidée en s’occupant des enfants. Il avait fait de son mieux mais un homme généralement était incapable de repasser et ne nettoyait pas très bien ! Le couple se confondit en excuses et en justifications sans remarquer que Schuller adressait un clin d’œil à ses collègues lorsqu’il répondit qu’il était scandaleux que personne ne vienne aider un couple avec trois enfants dont le mari était âgé et la femme convalescente…
Puis il en vint au but de sa visite : Kilian était accusé de viol !
L’annonce fit l’effet d’une bombe dans le logement.
Vonnick et François ne comprirent pas et demandèrent au commissaire de répéter, ce qu’il fit en expliquant de quoi il retournait. La voisine Nolwenn Bannalec venait de quitter le commissariat où elle avait déposé une plainte contre Kilian pour le viol de sa fille Meghann âgée de quatre ans. Viol que Kilian aurait perpétré à l’aide d’un crayon selon la petite fille et son frère aîné Tugdual, témoin des faits.
François était malade du cœur. Il avait déjà été opéré à plusieurs reprises. Un malaise l’obligea à s’asseoir précipitamment en portant la main à sa poitrine. Son cœur se mit à battre à tout rompre. Ce n’était pas possible, il avait mal entendu ! Kilian, son fils de treize ans, accusé de viol ? De viol sur la personne d’une petite fille de quatre ans ! Le vieil homme connaissait bien son fils et le savait capable de beaucoup de choses, comme faire l’école buissonnière, voler dans les grandes surfaces ou prendre le bus sans payer, mais violer une petite fille de quatre ans, cela dépassait tout entendement ! Il fallait être un monstre pour commettre un acte pareil ! Les idées se bousculaient dans la tête du pauvre homme qui ne savait plus que penser ni à quel saint se vouer. Connaissait-il aussi mal son fils ? Non, ce n’était pas possible, il devait y avoir une erreur, une explication rationnelle à tout cela. Une explication qui permettrait sûrement de dissiper le malentendu… Car il ne pouvait s’agir que d’un malentendu ! Kilian était un adolescent difficile, influençable, mais en aucun cas un pervers sexuel. Il s’en serait aperçu. Il y aurait eu des prémices.
Vonnick ordinairement si bavarde, restait sans voix et s’était, elle aussi effondrée dans le fauteuil du salon dont les ressorts fatigués grincèrent sous son poids.
Martin Schuller demanda à ce que l’on envoie Janig et Naïk dans leur chambre pour continuer cette conversation qui n’était décidément pas faite pour leurs oreilles.
Les parents de Kilian étaient estomaqués et restaient sans réaction. Vonnick se releva, se tordit anxieusement les mains puis finit par se rasseoir sur l’accoudoir du divan, tandis que Kilian restait figé dans son fauteuil. Il n’osait même pas lever les yeux ou prendre la parole. Il s’attendait au pire. Comprenant, à voir la gravité des visages des adultes et des policiers présents dans le living qu’il se passait quelque chose de terrible, Janig se mit à pleurer sans bruit mais prit néanmoins son petit frère Naïk par la main et l’entraîna dans sa chambre. Viens ! On va jouer aux petites voitures.
Schuller demanda à pouvoir perquisitionner la chambre de l’adolescent. Personne ne s’y opposant il y envoya donc deux de ses hommes, qui fouillèrent dans les affaires personnelles, les armoires, le cartable et dans les vêtements de Kilian, mais revinrent sans avoir trouvé quoi que ce soit de suspect.
Ils interrogèrent Kilian au sujet de ce qui s’était passé. Le jeune garçon raconta la scène de l’après midi mais les policiers et plus particulièrement Martin Schuller, ne le crurent pas.
- Et si tu nous disais plutôt la vérité plutôt que d’essayer de rejeter la culpabilité sur ce pauvre gamin de cinq ans ? Tu n’es pas très courageux il me semble mon garçon ! C’est un peu facile tu ne penses pas ? Explique-nous ce qui s’est réellement passé, je t’assure que tu te sentiras beaucoup mieux, beaucoup plus en règle avec ta conscience une fois que tu auras avoué…
Kilian ne comprenait toujours pas, il était sidéré et ne parvint pas à réagir. Pourquoi donc les policiers ne le croyaient-ils pas ?
- Mais avouer quoi ? Je vous dis la vérité ! Les choses se sont bien passées comme çà ! C’est Tugdual qui a mis le crayon et après quand on s’est disputé dans la chambre il a dit qu’il dirait à sa mère que c’était moi qui l’avait fait…
Kilian paniquait. Il se défendait comme un beau diable, mais cela ne servait à rien, Schuller était visiblement décidé à ne pas le croire. Les policiers finirent par repartir après avoir pris les dépositions de Kilian et celles de ses parents en affirmant que le jeune garçon serait très prochainement convoqué et qu’il aurait intérêt à se présenter au commissariat, sans quoi il risquerait d’avoir de sérieux problèmes...
Suivi psychologique.
Le lendemain, Kilian retourna au collège et apprit par l’éducateur que le proviseur et tous les enseignants étaient déjà au courant de ce qui s’était passé et que le préfet des études en personne souhaitait le rencontrer à la récréation de dix heures.
Un peu inquiet, le jeune garçon se présenta à l’heure dite chez la secrétaire du préfet qui se chargea de l’introduire dans l’antre directorial. Jamais encore Kilian n’avait été admis à pénétrer ici. Lorsqu’il avait commis une bêtise ou avait séché les cours, c’était l’éducateur de son niveau qui se chargeait de le réprimander ou de le punir. Jamais il n’aurait imaginé que le préfet se serait abaissé à adresser la parole à un vermisseau tel que lui !
Le chef de l’établissement ne le pria même pas de s’asseoir se contentant de lui expliquer que la police l’avait contacté le matin même à son sujet et qu’il n’allait probablement pas pouvoir le garder au Collège, à moins qu’il ne change radicalement son comportement et qu’il ne se mette à fréquenter plus assidûment les cours, et surtout qu’il se fasse extrêmement discret et que l’on n’entende plus jamais parler de lui.
Kilian ne répondait toujours pas, ne savait pas vraiment quoi dire. Il savait que personne n’aurait envie d’entendre ses explications. Sans bien savoir pourquoi, il comprenait que les gens qui avaient entendu parler de l’affaire avaient envie qu’il soit coupable, et auraient étés déçu si cela n’avait pas été le cas. Le jeune garçon n’avait d’ailleurs même pas envie de se défendre. Il savait que ce serait inutile. Il était coupable c’était un fait établi, d’ailleurs chaque personne à qui il avait parlé depuis la veille, l’entendait ainsi et n’envisageait même pas le contraire.
Kilian ne se révoltait même pas contre cet état de fait, c’était la vie.
Kilian écoutait en prenant l’air attentif, ce que lui expliquait le préfet des études : il entendit ainsi qu’il était prié de rencontrer la psychologue scolaire et d’accepter un suivi hebdomadaire. Kilian accepta en se demandant ce que voulait dire le mot hebdomadaire…
Le jeune garçon n’était pas contrariant et si cela pouvait faire plaisir au proviseur…
Ce dernier lui expliqua également qu’il avait dénoncé toutes ses absences irrégulières ainsi que le fait qu’il ait entendu dire que Kilian se rendait fréquemment à la grande surface pour voler, au commissaire Schuller qui transmettrait le dossier au Parquet du Tribunal de la Jeunesse.
Kilian continuait à approuver sagement.
Kilian n’était pas méchant, il était toujours prêt à faire plaisir ou à dire ce que l’on avait envie de l’entendre dire. Peu lui importait pourvu qu’il ait la sensation d’exister et d’avoir de l’importance pour quelqu’un. C’était la raison pour laquelle il avait accepté aussi facilement le suivi de la psychologue de l’école. Il avait tellement envie de s’ouvrir à quelqu’un, de parler en toute confiance de ses problèmes, de sa scolarité, et puis qui sait, peut être la psychologue le croirait-elle…
A quoi penses-tu quand tu regardes les filles ?
A la maison, la vie était devenue carrément intenable. Après le départ des policiers, Vonnick avait piqué une véritable crise d’hystérie presque aussi terrible que celle de Nolwenn l’après midi. Les adultes semblaient avoir tous perdu la boule. La mère de Kilian aussi paraissait avoir envie qu’il soit coupable. Tout en reprochant à son fils ce qu’il avait fait elle s’était mise à lui poser des questions salaces, un peu comme si cette affaire l’aurait amusée s’il n’y avait pas eu la police.
Peut-être le considérerait-elle enfin vraiment comme un homme en sachant qu’il serait capable de faire de telles choses ?
Kilian ne savait plus très bien ce qu’il devait faire ni comment il devait réagir avec sa mère. D’un côté elle lui reprochait d’avoir commis un acte pareil et d’un autre elle semblait se délecter en lui demandant de donner des détails ainsi qu’en lui demandant fréquemment s’il avait déjà été aux prises avec de telles pulsions auparavant, si cela arrivait fréquemment, à quoi il pensait en regardant les filles et s’il lui arrivait de penser à des choses en regardant sa sœur.
Kilian ne savait pas quoi répondre. Il n’avait pas envie de décevoir sa mère qui paraissait le respecter un petit peu plus et surtout s’intéresser beaucoup plus à lui depuis qu’on l’accusait d’avoir commis un viol, et de l’autre, il ne savait pas trop quoi lui répondre puisqu’il n’avait rien fait…
Le jeune garçon monta dans sa chambre pour réfléchir à la question.
Est-ce qu’il pensait aux filles ? Mais bien sûr qu’il pensait aux filles ! Quel adolescent de son âge n’y penserait pas ? Certains copains du quartier avaient déjà une petite amie ! Kilian aussi avait plein de petites amies ! Pas encore des vraies avec lesquelles on s’embrassait dans les coins ou sous l’escalier de l’immeuble, mais il avait des petites amies, un peu plus jeunes que lui, avec lesquelles il se baladait dans la Cité en les tenant par la main pour la fierté d’épater ses voisins et les copains, principalement dans l’espoir de s’attirer le respect d’Orlando en leur montrant que lui aussi se promenait avec une belle fille.
Quant à ce qu’il pensait en regardant les filles, cela c’était autre chose ! En réalité ses pensées étaient plutôt floues en la matière… Il pensait que les unes étaient belles et que d’autres étaient moches, qu’il y en avait certaines très belles dont on ne pouvait que rêver ! Il pensait qu’il préférait les brunes, bronzées aux longs cheveux volant dans le vent. Il pensait que toutes les filles qu’elles soient belles ou moches, grosses ou maigres étaient généralement plus jolies en été lorsqu’elles étaient bronzées et faisaient un effort vestimentaire…
Mais le jeune garçon ne parvenait pas à traduire ses pensées en paroles et savait confusément que ce n’était pas ce genre de réponse que sa mère espérait en lui demandant à quoi il pensait en regardant les filles !
Est-ce qu’il avait des envies ?
Oui, bien sûr Kilian avait envie de se promener dans le quartier avec la plus belle fille qui soit pour montrer à Orlando, à Sullivan, à Tanguy et aux autres que lui aussi pouvait se distinguer, qu’il pouvait se payer une belle nana, mais là encore il devina que ce n’était pas la réponse qu’attendait sa mère.
Elle attendait quelque chose de plus précis, quelque chose de plus personnel, mais comment expliquer à sa mère les premiers émois qu’il ressentait de temps à autres, alors que lui-même ne parvenait pas à les définir ? Comment raconter quelque chose d’aussi intime à sa mère en sachant que d’une part elle s’en délectait, ce qui le gênait un peu car il s’agissait tout de même sa vie privée et que d’un autre côté elle le traitait comme un pervers ou un malade sexuel en puissance…
Est ce qu’il pensait à des choses en regardant sa sœur?
Pas vraiment non ! Il pensait que Janig n’était qu’une chipie, qu’elle se moquait sans arrêt de lui, qu’elle était souvent l’instigatrice de leurs bagarres et qu’elle profitait de la protection de leur mère pour le provoquer !
Il pensait aussi qu’elle devrait entamer un sérieux régime car depuis quelque temps elle avait pris du poids et si elle ne faisait pas attention elle finirait comme leur mère !
En dehors de cela, il ne pensait rien de spécial en regardant sa sœur si ce n’était qu’il était plus tranquille lorsqu’elle n’était pas là…
La Justice selon Martin Schuller.
Le commissaire Martin Schuller était assis à son bureau, les pieds sur la table. Il faisait encore assez chaud en cette fin de mois de septembre. Il avait allumé le ventilateur, mais ce dernier ne brassait que de l’air chaud et humide.
Martin aimait la chaleur, mais dans les bureaux du commissariat où l’air ne circulait pas, il faisait vraiment trop chaud. Ce n’était pas comme durant ses dernières vacances en Espagne où d’ailleurs l’air était beaucoup plus sec que dans la région parisienne. Ici pas moyen de se mettre à l’aise ou de venir travailler en short. Yves, le patron n’était pas très exigeant au point de vue vestimentaire, mais il y avait tout de même des limites. En pensant à Yves, Martin ne put réprimer un mouvement de colère. Il vouait à Yves Le Scoharnec une haine sans limite. Yves lui avait volé la place de commissaire principal qu’il convoitait depuis des années. A cause de lui, sa carrière qu’il prévoyait si brillante se trouvait aujourd’hui dans une impasse. Depuis son entrée à la police, il ne vivait plus que pour cela. Devenir un jour commissaire divisionnaire. Il avait étudié, suivi des formations, s’était arrangé pour devenir commissaire très rapidement afin de ne plus devoir exécuter des interventions de routine ou dangereuses, ni partir en patrouille. Il s’était battu pour devenir le chef de la brigade des mœurs du commissariat de Kerwaremm, la capitale. Maintenant il ne se déplaçait plus que lorsqu’il n’y avait aucun danger, laissant les interventions à risque pour les autres, pour les petits flics qui venaient de débuter et qui apprenaient le métier. Ou pour les cow-boys comme Navenec et Kervinec… Navenec cela passait encore, mais Kervinec… un vrai déjanté ce type là ! Comment avait-il pu rester à la police avec toutes les casseroles qui le suivaient depuis toutes ces années, avec toute cette violence qu’il portait en lui et qui le rendait incontrôlable, parce que capable de péter un plomb sans la moindre raison apparente? Son amitié avec le commissaire Navenec, numéro deux du commissariat et ami personnel d’Yves Le Scoharnec probablement… Le frère aîné de Jean Marc Navenec et Yves avaient débuté à la police. Ils s’étaient liés d’amitié et tout naturellement le « petit frère » avait hérité d’une part de cette amitié. Martin haussa les épaules avec rage. Des pistonnés ! Tous des pistonnés qui ne devaient leur poste qu’à des élus ou à leur amitié avec Yves. Ce qui revenait à peu près au même, car Yves Le Scoharnec était lui-même un pistonné. Non seulement il était le beau-frère du maire d’une ville voisine, dont il avait épousé la sœur, mais il y avait autre chose. La bande d’Axel Kramer. Lesuicidede Tristan Cassanac. Toutes ces vieilles affaires que l’on ne pouvait ignorer lorsque l’on habitait Kerwaremm. Toutes ces vieilles affaires dont chacun, habitant ou flic, savait qu’il valait mieux ne pas en parler, ne pas fouiller trop profond dans la merde. Toutes ces vieilles affaires au sujet desquelles on savait à la fois beaucoup et peu de choses, mais qui revenaient fréquemment à la surface, et qui étaient tout aussi rapidement étouffées par le pouvoir politique. Par le pouvoir politique… ce qui équivalait à dire par le maire Jules Duclos-Rincent. Simple maire de Kerwaremm, la capitale de Nirgends, ce type, en place depuis plus de trente ans, semblait posséder plus de pouvoir que le Président en personne ! Récemment encore, le Parquet avait décidé de rouvrir le dossier concernant la mort de Tristan Cassanac, car il subsistait bien trop de zones d’ombres pour laisser croire à un simple suicide. Le Parquet avait décidé de rouvrir le dossier et pourtant il bloquait au niveau du commissariat. Yves ? Le maire, Duclos-Rincent ? Ou les deux peut-être ? Yves Le Scoharnec et Jules Duclos-Rincent se détestaient cordialement et pourtant, à y regarder de plus près, ils semblaient tous deux avoir les mêmes cadavres dans les mêmes placards.
Martin était un jeune flic au moment de la mort de Tristan Cassanac. Ils avaient le même âge. Il avait été à l’école primaire avec Tristan, mais n’avait jamais été admis dans leur « bande ». Issu d’une Cité de logements sociaux, mal fagoté et mal coiffé, élevé par une mère bigote, pauvre, même si son père commerçant aisé, vivait dans les beaux quartiers de Kerwaremm, doté en plus d’un défaut de prononciation, il était rejeté et parfois même le souffre douleur des gamins issus comme Tristan de lajeunesse doréedont la majorité d’entre eux finiraient élus, notables et/ou (car ce n’était pas incompatible, loin de là), membres de la bande d’Axel Kramer. C’est pour cela qu’il s’était acharné à étudier pour sortir de son milieu et prouver à tous ces fils à papa que lui aussi pouvait réussir, et que contrairement à eux, sa réussite il ne la devait qu’à son travail, à ses études, à son courage. Pour prouver également à tous ces petits ratés, paumés et fils de paumés de la Cité Kerfontaint où il avait passé son enfance, et qui le tourmentaient jadis tout autant, sinon plus que le tourmentaient les fils à papa de son école primaire. Sa mère avait cru bien faire en l’inscrivant dans une école catholique chère et réputée. Elle ne voulait que son bien en se privant pour lui offrir de bonnes études, sans s’imaginer que son fils ne serait jamais accepté dans un milieu auquel il était étranger. Pourtant le père de Martin était un commerçant très aisé, pour ne pas dire riche. C’était lui qui avait obtenu la garde de son fils (en se servant de ses « relations ») après le divorce de ses parents. Mais Martin n’était pas resté longtemps chez son père. Il avait vite fugué afin de fuir l’enfer que ce dernier lui faisait vivre au quotidien, coups, insultes, mépris, abus sexuels et mêmelocationde son fils à des élus et des notables…
Kerwaremm était un cercle très fermé. Tout se qui se passait à l’intérieur ne devait pas se voir au dehors. Jamais. Les nouveaux habitants ne se doutaient même pas de ce qui se passait ici dans les années ’80. Les années folles où tout était permis. Kerwaremm était une zone de non droit. Parmi les habitantsde souche, chacun savait mais tout le monde se taisait. De l’extérieur on devait voir un arrondissement idyllique respirant la douceur de vivre. De l’intérieur, tout était pourri de la cave au grenier, gangrené par la corruption et la pédophilie. Schuller haïssait les pédophiles. Lui qui avait réussi à s’en sortir sans « effet de reproduction », en étant un bon père attentif pour ses enfants, refusant toute violence ne pouvait pas accepter qu’un pervers invoqueune enfance malheureuse, des coups ou des sévices sexuels pour justifier ses actes.
Martin soupira et consulta le dernier dossier en date qui lui avait été attribué : le viol d’une petite fille de quatre ans, par son jeune voisin, un adolescent de treize ans ! Ce genre de délit était monnaie courante dans ce quartier défavorisé, la Cité Kerfontaint où il avait lui-même passé son enfance. Au cours de sa propre adolescence, combien de jeunes filles n’avaient pas été violées par leur père ou leur beau-père, voir leur grand-père, un voisin ou un ami de la famille sans que le coupable ne soit jamais dénoncé aux autorités par peur d’éventuelles représailles, ou par honte également, parce qu’à cette époque on ne parlait pas de ces choses là ? Dans les beaux quartiers, il y avait les réseaux, dans les quartiers paumés, on violait en famille, ou du moins souvent la famille laissait faire.
Martin avait les délinquants sexuels en horreur et celui là, Kilian Magouero commençait bien jeune. Treize ans ! Et sur une gamine de quatre ans avec un crayon ! Où avait-il été pêcher ce genre de pratique douteuse ?
Il avait eu envie de l’arrêter tout de suite mais il fallait faire les choses dans les règles et en respectant la procédure. La plainte avait été déposée, le gamin avait été auditionné une première fois, ainsi que ses parents et la perquisition de sa chambre n’avait rien donné, donc le magistrat chargé de l’affaire n’avait pas jugé utile d’ordonner que le gamin soit arrêté et envoyé dans un centre fermé, il ne l’estimait pas« dangereux »en raison de son jeune âge et de l’absence d’antécédents !
Pas dangereux !
Martin s’étonnait du laxisme dont faisaient quelquefois preuve le Parquet et la Justice principalement en matière de délinquance juvénile ! Ce n’était pas l’âge d’un délinquant ou d’un criminel, car pour lui, Kilian était bien un criminel puisque le viol était un crime qui se jugeait en Cour d’Assises, qui déterminait le fait que ce dernier soit dangereux. On avait déjà vu des assassins de onze ans et quelquefois même plus jeunes. Un gosse élevé dans cette Cité pourrie, au milieu des bandes de voyous ne pouvait que mal tourner. Il était inutile de se leurrer ce gamin avait déjà choisi sa voie. Ou plutôt sa voie était toute tracée dès sa naissance. Il était perdu pour la société. Il était déjà trop tard pour le sauver. Ce qu’il fallait faire maintenant c’était préserver la société de ses agissements en le faisant enfermer jusqu’à sa majorité.
Martin avait pris ses renseignements, d’abord au sujet de la famille. Ce n’était guère brillant. Le père était cardiaque et avait soixante-trois ans, c’était un mécanicien retraité. Il avait cinq autres enfants d’un précédent mariage… avec la mère de sa propre femme Vonnick ! Cette dernière n’avait que 31 ans, mais en paraissait facilement dix de plus. Elle était sans emploi depuis son mariage et ne paraissait pas en chercher !
« Le »couple de l’année !
Le père, François Magouero était en réalité l’ex mari de la mère de Vonnick. Autrement dit c’était l’ex-beau père de sa femme ! L’homme qui l’avait élevée comme son propre père ! Cette relation paraissait malsaine à Martin car elle fleurait vaguement l’inceste. Se mettre en ménage avec un homme de plus de 30 ans votre aîné qui vous a élevé comme si vous étiez sa fille. Là aussi il y a des limites ! Comment voulait-on que le gamin soit équilibré dans une famille pareille ?
Il y avait aussi la grand-mère qui en voulait à mort à sa fille de lui avoir«fauché »son mari, ainsi que les frères de la mère, que la grand-mère avait eus avec François et qui se trouvaient être à la fois les demi-frères de Vonnick et ceux des trois enfants que cette dernière avait eus avec François ! Ce qui faisait que les frères de Vonnick étaient devenus également ses beau-fils et que ses enfants étaient à la fois ses enfants et ses demi-frères et que ses frères étaient à la fois les oncles et les demi-frères de ses enfants à elle…
Quel méli-mélo !
Si François paraissait relativement équilibré, (ce qui ne l’empêchait pas d’avoir sûrement un gros problème, pour coucher avec sa belle-fille qui avait l’âge d’être sa fille !) Vonnick, la mère en revanche semblait complètement déjantée ! Elle ne parlait pas, elle hurlait, elle glapissait, elle couinait ! Cela devait donner une infernale cacophonie là-dedans !
Martin termina de relire son dossier et les différents rapports. Il tomba sur celui qu’il avait reçu du proviseur du Collège du gamin : là non plus ce n’était guère brillant et ne témoignait pas en faveur du jeune garçon ! Il séchait régulièrement les cours malgré le fait que son père venait le déposer le matin en voiture afin d’être sûr qu’il aille à l’école à défaut de réussir sa scolarité. Seulement le gamin faisait semblant de rentrer dans l’établissement et s’échappait par un autre côté ! Le proviseur avait déjà convoqué les parents à ce sujet mais ils avaient avoué leur impuissance à se faire obéir de leur fils en expliquant notamment que celui-ci s’échappait de la même manière de sa chambre pour aller retrouver des copains peu recommandables, qu’il avait plusieurs fois été pris à voler dans la grande surface, et qu’il ne prenait même pas la peine de cacher ce qu’il avait volé ! Il sortait carrément du magasin par la sortie sans achats devant le nez du vigile avec ses marchandises volées. La mère se déclarait heureuse que ces petits problèmes n’aient jamais eu de suite car elle connaissait le vigile en question et il se contentait chaque fois d’appréhender le garçon et de lui reprendre sa marchandise encore emballée !
Martin mâchonnait un crayon qu’il cassa malencontreusement. Ce gamin avait manifestement un sérieux problème d’équilibre et psychologique. Il frôlait la cleptomanie et la psychopathie. Ce qui était normal lorsqu’on était issu d’un tel milieu. Il n’avait autour de lui aucun exemple digne d’être suivi. Sa place aurait été dans un centre d’éducation surveillée et non dans une telle ambiance familiale d’autant plus que ses parents n’étaient même pas capables de l’assumer ou de le surveiller…
Le problème était le fait que l’on ne place pas un enfant comme ça. Il fallait de sérieuses raisons puisque même après qu’il était suspecté d’avoir commis un viol, le procureur n’avait pas jugé utile de transmettre son dossier à un juge et l’avait laissé en liberté ! Ce que Martin trouvait proprement scandaleux.
Néanmoins, sa brigade était chargée de l’enquête et si le magistrat n’avait pas ordonné le placement cette fois ci, il changerait certainement d’avis après avoir reçu son prochain rapport d’enquête où seraient mentionnés les curieuses et inhabituelles conditions familiales dans lequel vivait le jeune garçon, le laxisme et l’impuissance des parents à maintenir leur rejeton dans le droit chemin, le fait qu’il sèche les cours fréquemment, ses résultats complètement nuls à l’école. De même que ses vols répétés dans la grande surface et le désordre indescriptible de l’appartement de ses parents dans lequel il était élevé tel un jeune animal avec ses jeunes frères et sœur. Avec un peu de chance, le procureur et le juge comprendraient qu’il fallait faire quelque chose pour les deux autres enfants également et les sortirait de ce milieu, de ce quartier pourri en les plaçant en institution…
Confidences malheureuses…
Lorsque Kilian rentra à la maison ce soir là, sa mère le reçut avec une volée de gifles. Le garçon surpris par ce traitement laissa tomber son sac à dos et essaya de se protéger du mieux qu’il put.
Sa mère se mit une nouvelle fois à hurler des paroles incompréhensibles, telles qu’en hurlait la voisine l’autre jour et telles qu’elle en hurlait chaque fois qu’elle le rencontrait. D’ailleurs Kilian ne pouvait plus faire un pas dans le quartier sans se faire insulter voir frapper ou traiter de pédophile, de pervers, de malade, que ce soit par des adolescents, de jeunes enfants, et même par des adultes du quartier…
Pratiquement chaque matin on retrouvait des graffitis sur les murs de façade et sur la porte d’entrée ainsi que des inscriptions Kilian Magouero, pédophile et autres insultes du même genre…
Ses parents en avaient plus qu’assez. Son père avait du faire venir le médecin et lui avait reproché ce fait : c’était de sa faute ! Toujours à courir avec n’importe qui ! François l’avait bien prédit que Kilian tournerait mal, à force de voler, de sécher les cours, etc.
Le jeune garçon se dit que sa mère venait sans doute une nouvelle fois de frotter des graffitis et qu’elle devait être en colère contre lui mais cette fois semblait différente : Vonnick après avoir piqué sa colère le poussa violemment dans le fauteuil et lui intima l’ordre de l’écouter. Elle avait quelque chose d’extrêmement important et grave à lui dire.
Elle lui demanda à plusieurs reprises s’il l’écoutait. Il se déclara prêt à l’entendre, mais sa mère ne semblait pas vouloir en venir aux faits. Puis enfin, elle se décida. La psychologue de l’école avait téléphoné à Vonnick cet après midi, catastrophée car au cours de sa dernière séance avec Kilian ce dernier aurait paraît- il avoué avoir enfoncé le crayon dans le sexe de la petite Meghann, en expliquant avoir fait cela pour voir ce que cela faisait, parce qu’il pensait des choses en regardant les filles… La psychologue lui avait demandé à quelles choses il pensait mais le jeune garçon avait été incapable de répondre…
Vonnick demanda à son fils si c’était vrai s’il avait bien dit cela.
- Heu... Je crois. Répondit prudemment le jeune garçon qui n’avait plus tellement l’impression que les réponses qu’il avait données à la psy allaient faire plaisir à sa mère.
- Tout à l’heure en effet comme chaque semaine depuis le début de l’affaire, Madame Le Goévec, la psychologue scolaire l’avait appelé dans son bureau, et comme chaque semaine elle lui avait posé les mêmes questions auxquelles il avait répondu plus ou moins de bonne grâce bien qu’il commençait à se lasser de ce petit jeu. Cela l’avait amusé au début car pour une fois quelqu’un semblait s’intéresser à lui, lui posait des questions sur lui, sur sa personne, sur sa vie, sur sa scolarité, sur sa vie de famille. Jamais ses parents n’avaient eu ce genre de conversation avec lui ! Ils avaient en effet décrété une fois pour toutes qu’il était inutile d’essayer de ramener le jeune garçon à la raison, il tournait mal et allait virer voyou et terminer sa vie en prison, voilà tout ! L’espoir de ses parents était qu’il attende l’âge de sa majorité pour commettre un grave délit afin qu’ils ne soient pas déclarés responsables civilement de ses actes et condamnés à payer pour lui. Mais Kilian n’avait pas le sentiment de commettre des délits au sens propre du terme.
Bien sûr, il lui arrivait de faucher un CD à la grande surface seulement il devait bien montrer à ses potes qui se ramenaient à l’école ou à la plaine avec des objets volés que lui aussi était capable d’en faire autant. D’ailleurs il s’était presque à chaque fois fait prendre en sortant de la grande surface !
Bien sûr il ne fréquentait pas assidûment l’école mais à quoi cela servait-il? Il ne savait pratiquement ni lire ni écrire et il avait le sentiment que rien de ce que les profs essayaient de lui apprendre ne servait à quoi que ce soit dans la vie ! D’ailleurs la plupart du temps il ne comprenait même pas ce que le prof expliquait ! De plus, refusant le port de ses lunettes il était incapable de lire ce qui était écrit au tableau.
Kilian voulait devenir mécanicien comme son père. Mais là non plus il n’aurait pas su dire pourquoi il voulait suivre les traces de son géniteur ! Seulement à l’école on n’apprenait pas la mécanique. Il aurait fallu le mettre dans une école professionnelle et pour cela il fallait attendre encore un an. Donc à quoi bon attendre en s’ennuyant à l’école alors que l’on s’amusait tellement plus à la plaine en jouant au foot, en roulant à vélo, et en faisant les grandes surfaces ?
Mais petit à petit les conversations avec la psy ne l’avaient plus autant amusé. Madame Le Goévec ne s’intéressait plus autant à lui, à sa vie quotidienne, à ses aspirations, à ses amis qu’au début lorsqu’elle cherchait à le mettre en confiance. Elle s’était mise à parler de sexualité, de filles, et par la force des choses de ce qui était arrivé à la petite Meghann.
C’était un sujet que Kilian n’aimait plus aborder car la psy, comme Schuller et comme sa mère voulait absolument lui faire dire les choses d’une autre manière que celle dont elles s’étaient passées et le jeune garçon ne comprenait pas pourquoi. On aurait dit que comme sa mère et comme le commissaire, la psy avait envie que ce soit Kilian ait enfoncé le crayon dans le sexe de la petite…
Mais pourquoi ? Pourquoi les adultes refusaient ils d’entendre la vérité ? Pourquoi voulaient-ils toujours que leur propre interprétation des choses soit la bonne? Pourquoi compliquaient-ils les choses à plaisir?
Kilian n’aimait pas ce sujet car on lui posait des questions auxquelles il ne savait pas répondre ! Lorsque sa mère ou la psy lui demandaient s’il avait déjà eu des relations sexuelles il s’était senti obligé de répondre oui ! Sans quoi il serait passé pour un plouc ! A treize ans c’est bien connu tous les garçons ont déjà eu des relations sexuelles avec une fille ! D’ailleurs comme la majorité des copains de son âge, il se promenait avec un préservatif dans son portefeuille qu’il ouvrait négligemment en présence des autres, pour faire croire que…
Le problème c’était qu’en réalité il n’avait même jamais embrassé une fille mais qu’une fois le mensonge lancé il ne pouvait plus revenir en arrière. D’ailleurs aux flics aussi il avait annoncé qu’il avait déjà eu des relations sexuelles avec plusieurs filles du quartier, ne fut-ce que pour qu’ils le considèrent comme un homme et non comme un gamin !
Alors pour ne pas passer pour un ignorant en la matière, le jeune garçon avait emprunté à un copain plus âgé des magazines pornographiques et s’en était imprégné… Étrangement, il enregistrait cela mieux que ses leçons à l’école ! Il avait puisé dans ses lectures des choses qu’il estimait avoir pu faire et de ce fait avait eu matière à répondre lorsque la psy et sa mère l’avaient à nouveau interrogé…
Cela s’était avéré concluant, car sa mère recommençait à discuter avec lui et à s’intéresser à ses paroles, ce qui fait que même si la conversation ne prenait pas le tour qu’aurait souhaité Kilian, il s’estimait quand même satisfait d’une certaine manière, puisque sa mère s’occupait de lui…
Quant à Madame Le Goévec, il avait également senti un regain d’intérêt lorsqu’il s’était mis à raconter ses exploits… Ses sexploits comme aimait à le répéter Orlando qui s’était lui aussi mis à témoigner d’un regain d’intérêt envers son jeune voisin!
Le jeune garçon en avait conclu logiquement que pour intéresser les adultes il fallait être capable de parler de sexe et surtout de faire ce dont on parlait ! Cela ne l’étonnait d’ailleurs pas puisque c’était un sujet d’adultes ! C’était sans doute la raison pour laquelle les adultes ne s’intéressaient généralement pas aux enfants. Parce que ces derniers ne parlaient pas encore de sexe et ne le pratiquaient pas encore. Alors par politesse s’ils discutaient avec un enfant, ils lui posaient des questions sur ce qui était susceptible de l’intéresser, en l’occurrence l’école mais lorsque comme en ce qui le concernait, l’école ne l’intéressait pas du tout et il y était trop nul, l’adulte se détournait de l’enfant ou de l’adolescent car il ne savait plus de quoi parler avec lui et décidait d’attendre sans doute que celui-ci sache parler de sexualité !
D’ailleurs la meilleure preuve n’était elle pas le fait que les seules blagues qui faisaient rire les adultes aux éclats étaient les blagues cochonnes ?
Alors Kilian, pour cesser de répondre sans arrêt aux mêmes questions et pour regagner de l’importance aux yeux des adultes avait fini par changer sa version des faits et reconnaître à la psy avoir enfoncé le crayon dans le sexe de Meghann… Après tout, cela ne pourrait avoir aucune conséquence puisque le commissaire Schuller ne croyait tout de même pas en sa version ! Le policier était persuadé qu’il avait bien violé Meghann et pourtant ne l’avait pas arrêté, que pouvait-il donc lui arriver de pire s’il avouait ? Que le commissaire pense que Kilian mente en affirmant qu’il n’avait pas enfoncé le crayon ou que Kilian invente qu’il ait réellement enfoncé le crayon, qu’est ce que cela pouvait bien changer à l’affaire ?
Maintenant au moins, la psy aurait un sujet de conversation avec lui et quand elle aurait fini d’approfondir le sujet, peut être pour le remercier recommencerait elle à discuter avec lui des sujets dont il avait envie de parler, comme l’école où il ne se plaisait pas car il avait envie d’apprendre la mécanique, les copains du quartier qu’il avait envie d’imiter, et autres… Il lui avait déjà parlé de tout cela au début quand elle lui avait demandé de parler de lui mais elle n’écoutait pas vraiment, Kilian s’en était aperçu au bout de quelques temps, en fait elle le laissait parler par politesse, sans jamais lui répondre ni lui donner les conseils qu’il espérait, attendant le moment où il aurait fini pour orienter la conversation dans une direction qui lui plairait à elle.
Il avait avoué le viol, puisqu’elle y tenait tant, mais force lui était de reconnaître que ses aveux n’avaient pas eu l’effet escompté ! Madame Le Goévec ne s’était pas plus intéressé à lui pour autant, elle s’était contentée de devenir encore plus froide et encore plus distante, de noter quelque chose dans son cahier et de lui annoncer qu’il pouvait partir maintenant. Kilian avait été fort surpris par sa réaction, il avait cru, espéré que ses aveux déboucheraient sur une longue conversation, mais rien du tout ! Il pouvait partir…
Finalement le jeune garçon était terriblement déçu parce qu’à chaque fois qu’il s’imaginait que quelqu’un allait réellement le prendre en considération, il réalisait que ce quelqu’un ne le faisait jamais pour lui mais pour une toute autre raison ! On lui demandait toujours des choses qu’il ne comprenait pas ou qu’il était incapable de faire ou de donner et lorsqu’on s’en rendait compte on se désintéressait de lui et on le rejetait comme une vieille serpillière!
Maintenant c’était au tour de sa mère ! Il rentrait à la maison et elle lui tombait dessus comme une furie, se mettant à le frapper en lui reprochant d’avoir parlé à la psy alors qu’il l’avait fait en grande partie pour lui faire plaisir !
- Alors tu l’as vraiment fait espèce de salopard ! Tu es vraiment un malade ! Un détraqué sexuel ! Cela ne te suffisait pas d’être un voyou et une crapule, il faut en plus que tu sois un violeur ! Mon fils est un violeur ! J’ai toujours su que tu ne serais jamais bon à rien…
Kilian ne comprenait à nouveau plus rien à rien! Sa mère semblait avoir tellement envie qu’il l’ait fait de même que la psy ! Il n’avait dit cela que pour leur faire plaisir et maintenant qu’il l’avait fait elles le rejetaient toutes les deux !
- Tu lui as expliqué aussi que tu pensais à des choses en regardant les filles ? Interrogea sa mère d’un air gourmand.
Kilian aperçut à nouveau une lueur d’intérêt dans le regard de sa mère et se dit que tout n’était peut-être pas perdu ! Il acquiesça sans répondre.
- Et à quoi penses-tu comme çà en regardant les filles ? Est-ce que c’est vrai que tu as déjà eu des relations sexuelles ? Tu as déjà couché avec une fille ?
C’était reparti ! Une fois de plus sa mère souhaitait qu’il lui dise ce qu’elle avait envie d’entendre et une fois de plus, dans l’espoir d’un regain d’intérêt le jeune garçon puisa dans ses lectures pornographiques et dans les films qu’il avait visionnés, des histoires qui auraient pu intéresser sa mère.
Il eût soudain une illumination, se rappelant un film vu récemment dans lequel un tueur en série commençait sa carrière, en dérobant les petites culottes de sa sœur, puis de sa mère, puis celles que la voisine faisait sécher dans son jardin avant de terminer en kidnappant des jeunes femmes pour les tuer sauvagement puis les violer ensuite. Kilian se mit à expliquer à sa mère sidérée qu’il dérobait les petites culottes de sa sœur, qu’il les découpait, qu’il observait en cachette sa sœur prendre un bain et s’habiller, qu’il avait envie d’elle, que de temps à autre, il ressentait des envies de tuer et de découper des filles en morceaux après les avoir violées…
Il se dit que cette fois il en avait donné à sa mère pour son argent et qu’elle allait enfin être satisfaite…
La réaction de Vonnick ne se fit pas attendre mais ce n’était pas du tout celle à laquelle son fils s’attendait !
- Espèce de fou ! Espèce de malade ! Non mais tu ne te sens pas bien ! Alors cela ne te suffit pas de violer une gamine de quatre ans, il faut aussi que tu penses à violer ta sœur ! Pourriture ! Pervers ! Malade ! Se mit-elle à hurler, écumante de fureur en lui assénant une nouvelle volée de gifles.
Kilian ne comprenait vraiment plus rien à rien ! Il échappa à sa mère, sortit de l’appartement en claquant la porte, ramassa son vélo et s’en fut rejoindre ses copains sur la plaine.
Vonnick.
Vonnick était à bout de nerfs. Cette situation ne pouvait plus durer. Chaque jour elle était confrontée à la voisine Nolwenn qui l’insultait, la traitant de pute, de mère de pédophile et autres noms d’oiseaux. Chaque nuit, des mains anonymes venaient taguer sa façade et sa porte d’insultes toutes plus viles les unes que les autres.
La Cité était partagée entre ceux qui n’aimaient pas Nolwenn, ne pensaient pas Kilian coupable, mais ne prenaient pas sa défense pour autant, et ceux, beaucoup plus nombreux qui, remontés contre Kilian pour ses méfaits passés et très chatouilleux sur le sujet à cause des nombreuses affaires de pédophilie relatées dans la presse ces derniers mois. Sans compter le fait que chacun dans le quartier savait que son mari François n’était autre que son ex beau-père, l’ex mari de sa propre mère, l’ayant élevé comme sa fille. Avant que n’éclate « l’affaire Meghann », les gens la regardaient déjà d’un drôle d’œil.
Vonnick n’avait pas vécu une enfance ni une adolescence agréable. Sa sœur et elle avaient étés placées à plusieurs reprises en foyer parce que leur mère prétendait n’avoir pas les moyens de les assumer. Les deux sœurs savaient que c’était faux. Simplement leur mère cherchait à se débarrasser de ses filles lorsqu’elle faisait une nouvelle conquête et les récupérait lorsque son histoire d’amour prenait fin.
Vonnick n’avait jamais connu la joie d’un véritable foyer. Ce n’était qu’au moment où sa mère s’était mise en ménage avec François que les choses avaient changé. François ignorait que son amie avait deux filles placées en foyer. Lorsqu’il l’avait appris, il avait exigé de leur mère qu’elle fasse immédiatement revenir les enfants et les élève elle-même. Thérèse avait maugréé, n’ayant aucune envie de s’embarrasser de ses filles qui constituaient à son sens, une gêne à sa vie sentimentale puisqu’elles n’étaient pas les filles de François.
François qui aimait les enfants en général ne comprenait pas. Il avait lui-même cinq enfants avec deux autres femmes et il ne lui serait jamais venu à l’idée de les renier ou de les cacher à son amour du moment. Mais Thérèse était bizarre. Elle avait un caractère de cochon et très peu d’instinct maternel. Heureusement qu’elle n’avait eu que deux enfants.
Une fois que François était arrivé à la maison, Vonnick et sa sœur Martine n’avaient plus jamais vécu en foyer. François se comportait en véritable père pour les deux fillettes. Il avait une préférence marquée pour Vonnick depuis qu’elle était toute petite, mais n’en n’avait jamais rien laissé transparaître.
Ce n’est qu’au fil du temps, lorsque Vonnick était devenue adolescente que leurs sentiments mutuels s’étaient affirmés. Car Vonnick était tombée amoureuse de François. Mais était-ce bien François en lui-même qu’elle aimait ou l’image du père qu’elle n’avait pas eu et qu’elle transposait sur son beau-père ? Vonnick s’était posé la question à plusieurs reprises, mais ne s’y était jamais attardé. Peut-être n’avait-elle pas envie de connaître la réponse ?
Toujours est-il qu’à peine majeure, Vonnick s’était enfuie de la maison maternelle en compagnie de François qui était toujours le mari de sa mère. Ensemble ils avaient eu un premier enfant et s’étaient installés dans le logement qu’ils occupaient toujours actuellement dans la Cité Kerfontaint.
Après la naissance de Kilian, Vonnick avait repris ses études car elle voulait absolument obtenir son diplôme de puéricultrice. Mais jamais elle n’avait exercé sa profession. Une fois son diplôme en poche, elle avait eu un deuxième enfant, puis un troisième et sa vie s’était déroulée sans problème, chouchoutée par son mari jusqu’à ce que Kilian tourne mal, et plus récemment jusqu’à ce qu’il soit accusé de viol.
Vonnick n’avait pas eu une enfance agréable, mais n’avait pas été préparée à affronter de telles difficultés. Lorsqu’elle était placée, les éducateurs prenaient toutes les décisions à sa place et depuis que François était entré dans sa vie, c’était lui qui se chargeait de diriger sa vie. La jeune femme n’avait aucune raison de s’en plaindre puisqu’elle était le centre du monde pour François et chacun de ses faits et gestes était destiné à lui adoucir la vie et à lui être agréable. Aussi âgé et malade soit-il, il s’acharnait à épargner à sa jeune femme la moindre contrainte.
Jamais Vonnick n’avait du faire la moindre démarche ou prendre la moindre décision. Elle se sentait déjà dépassée lorsque Kilian volait dans les grandes surfaces et séchait les cours. Aussi était-elle complètement perdue et incapable de faire face à l’accusation de viol lancée contre son fils. Elle aurait voulu réagir, être forte, parvenir à défendre son fils qu’elle aimait sincèrement, mais elle n’en trouvait pas la force. Elle s’en sentait totalement incapable. Assumer un tel problème au quotidien était au dessus de ses forces, à un point tel qu’elle avait quelquefois envie de fuir la maison ou que son fils soit placé afin que ce cauchemar s’arrête.
Elle s’en voulait d’avoir de telles pensées à l’égard de son fils, de la chair de sa chair, de cet enfant qu’elle avait désespérément voulu, qu’elle aimait de toutes ses forces, mais qu’elle ne supportait plus. En même temps elle se sentait effrayée de ressentir cela. Quel genre de femme était-elle vraiment ? N’avait-elle ni cœur ni instinct maternel ? Était-elle comme sa mère finalement ?
Mais Vonnick n’était pas femme à réfléchir ni à se poser des questions durant des heures. Lorsqu’elle se sentait submergée par des pensées aussi sordides, elle s’empressait d’allumer sa chaîne hi-fi à fond et de s’évader en chantant ou en lisant un roman de gare à deux sous, ou encore en regardant l’un ou l’autre feuilleton ou jeu télévisé insipide que l’on passait à longueur de journée pour laménagère de moins de 50 anset qu’elle adorait.
L’arrestation.
La sonnette retentit une fois de plus chez les Magouero. François se leva péniblement, déposa le journal qu’il était en train de lire sur le fauteuil et alla ouvrir la porte. Le vieil homme se trouva une nouvelle fois face à face avec le commissaire Martin Schuller, précédant deux autres policiers en civil et encadrés par plusieurs policiers en uniforme. Il les fit entrer.
-Commissaire Schuller, bonjour ! Désirez-vous entrer ?
A l’énoncé de ce nom, Vonnick s’empressa de sortir de la cuisine où elle était en train de faire la vaisselle en s’essuyant les mains. Inquiète, elle jeta un regard à son mari.
Martin Schuller présenta le commissaire Navenec, chef de la brigade judiciaire et son collègue l’inspecteur principal Kervinec. Vonnick et François regardèrent les deux hommes avec autant, sinon plus d’angoisse qu’ils n’avaient regardé le commissaire Schuller. Les deux policiers en effet, était connus dans le quartier pour être des policiers extrêmement brutaux et violents. Ces deux là n’en n’étaient plus à une bavure près. Lorsqu’ils arrivaient dans le quartier, on pouvait être sûr que c’était pour procéder à une arrestation, et lorsqu’ils arrêtaient quelqu’un, il était rare qu’il ne terminât pas à l’hôpital. Martin demanda une fois de plus à voir Kilian, ainsi qu’à visiter sa chambre. Le jeune garçon n’était pas là, il était parti jouer à la Playstation chez le fils d’un voisin. Vonnick envoya Janig le chercher d’urgence pendant que les policiers perquisitionnaient une nouvelle fois la chambre du jeune garçon. Surtout ne pas refuser, ne rien faire qui puisse mécontenter Navenec et Kervinec…
Navenec, grand, un corps long, mince à la limite de la maigreur surmonté d’une tête d’oiseau de proie déplumé, laid à faire peur. Dans son visage de marbre, seuls des yeux bleus à l’éclat tranchant semblaient vivre. Cet homme ressemblait à tout sauf à un être humain, songea Vonnick pleine d’appréhension et osant à peine regarder le policier qui attendait, posté au milieu du living, sans proférer le moindre mot. Son collègue, Kervinec, un peu plus petit était totalement différent. De type nettement méditerranéen, ses cheveux bruns et bouclés encadrant son visage mince et bronzé dans lequel pétillaient des yeux bruns, presque noirs, Kervinec avait l’air de tout sauf d’un flic. Il était beau garçon. Si sa réputation deRoman,serif;">tueurRoman,serif;">ne l’avait pas précédé, on aurait même pu dire qu’il avait l’air gentil, sympathique… Lui en revanche, paraissait avoir dur à rester sur place. Pour l’instant il regardait les titres des cassettes vidéo et des livres classés dans la bibliothèque, en retirant de temps à autre un pour lire le résumé. Il donnait l’impression d’être en visite.
Vonnick se sentit brusquement envahie d’un sombre pressentiment.
Inquiète, elle s’approcha de son mari et lui souffla à l’oreille. Ils viennent le chercher n’est ce pas ? Ils sont venus pour l’emmener… Ce n’était pas vraiment une question, plutôt une simple constatation. Constatation confirmée quelques instants plus tard par le commissaire Martin Schuller. Bon, et bien on va l’emmener avec nous. Il va passer la nuit au commissariat, car le juge de la jeunesse nous a fait savoir qu’il souhaitait que nous le déférions au Parquet demain dès neuf heures. Voici l’adresse du Parquet Jeunesse, le nom du juge, Madame Le Gouriec et le numéro de son bureau, le 511 au 2ème étage. Vous êtes attendus demain matin à la première heure !
- Mais enfin, pourquoi avez-vous besoin de l’arrêter et de l’emmener au commissariat pour cela ? Nous pouvons très bien l’amener nous-mêmes demain matin au tribunal de la jeunesse! Balbutia Vonnick affolée.
- C’est la procédure en vigueur ! Il n’y a pas à discuter Madame ! Alors où est-il ? Il arrive ou faut-il aller le chercher ? Fit le policier d’un ton glacial.
- Il arrive, il arrive, sa sœur est allé le chercher ! Répondit François en se sentant soudain très las.
Tony cessa de contempler les cassettes vidéo et prit Jean-Marc discrètement à l’écart.
-Ce gosse n’est pas coupable. Je mettrais ma main à couper que les deux petits confondent Brandon et Kilian et que c’est Brandon qui a fourré le crayon dans le sexe de la petite Meghann… Lança-t-il d’un ton tendu, en prenant soin de n’être entendu que du seul Jean-Marc.
-Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? Ton fabuleux instinct de flic ? Ironisa Navenec.
-On peut dire ça oui… Je peux te dire que Schuller est encore une fois en train de faire une bourde monumentale. Réagis bordel !
Jean-Marc regarda son ami, estomaqué. Réagis ? Et que veux-tu que je fasse ? C’est lui qui est chef de l’enquête.
-T’es plus gradé que lui. Fais quelque chose avant que ça ne vire encore une fois au drame.
-Mais sur base de quels éléments bon Dieu ?
Mon intime conviction. Rétorqua Tony sans rire.
-Tu sais que tu es amusant parfois ? Répliqua le commissaire Navenec. Je sais à quoi tu penses beau blond. Mais je ne vois pas ce que je peux faire à ce stade.
Tony secoua la tête. Il était furieux. Furieux contre Schuller et ses magouilles. Furieux contre Yves qui se faisait à chaque fois pigeonner. Et furieux contre son ami Jean-Marc qui persistait à suivre les procédures à la lettre.
Moins de cinq minutes plus tard, pendant que sa mère était en train de lui réunir quelques affaires dans un sac, Kilian arriva, rouge d’avoir couru et suivi de près par sa sœur. Il avait déjà été prévenu par elle du fait que le commissaire Schuller souhaitait lui parler mais ignorait encore pour quelle raison. Aussi ne comprit-il pas pourquoi le policier avait sorti ses menottes ni pourquoi sa mère lui tendait en pleurant un sac avec des affaires pour la nuit…